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Visa pour l’image: au Yémen, l’innocence condamnée

Dans le cadre du festival Visa pour l’image à Perpignan, la photojournaliste Véronique de Viguerie expose son travail sur le Yémen, plongé depuis trois ans dans une guerre peu médiatisée. Ses photos lui ont valu d’être récompensée du Visa d’or humanitaire du Comité international de la Croix-Rouge.

Perchée sur des décombres, une foule scrute le ciel comme pour guetter une nouvelle pluie de bombes. Nous sommes à Sanaa, la capitale du Yémen, où se sont rendues à l’automne dernier la photojournaliste Véronique de Viguerie et sa consœur Manon Quérouil-Bruneel pour documenter une guerre dont les médias parlent peu, sinon pas. Et pour cause : dans un pays fracturé, entre rebelles houthis au Nord et forces gouvernementales au Sud, et dont l’espace aérien est contrôlé par l’Arabie saoudite, impossible de rentrer.

Il leur a fallu un an pour y parvenir. Et une fois sur place, multiplier les subterfuges afin de déjouer la surveillance des forces gouvernementales qui leur interdisaient l’accès au Nord, puis des Houthis qui les empêchaient de circuler librement. Cela leur vaudra avant leur départ un simulacre de procès pour espionnage duquel elles sortiront néanmoins blanchies. « Ils voulaient nous cacher plein de choses, dont le problème des enfants soldats », explique Véronique de Viguerie.

Ses photos nous entraînent dans un pays ravagé par trois ans de conflit. Elles montrent des paysages de désolation où l’on s’étonne de découvrir encore de la vie. Et quelle vie. A Sanaa, l’eau courante est désormais inexistante et seuls quelques lampadaires fonctionnent grâce à l’énergie solaire. Même le fioul qui alimente les générateurs des plus riches se fait de plus en plus rare, à cause du blocus imposé par l’Arabie saoudite. Or contrairement aux Syriens ou aux Irakiens, les Yéménites n’ont d’autre choix que de rester. Car si on ne peut pas entrer au Yémen, on ne peut pas non plus en sortir. « Le danger vient de partout et on est piégé. C’est claustrophobique », s’émeut la photojournaliste.

« Il n’y a pas d’enfance au Yémen »

La population semble ainsi condamnée à mourir, soit tuée par une frappe aérienne, soit plus lentement, de maladie ou de famine. Les clichés de Véronique de Viguerie montre des gamins chercher dans les poubelles de quoi se remplir le ventre, et des bébés souffrant de malnutrition. Comme ce nourrisson qui à deux mois ne pèse que deux kilos et dont le corps émacié est posé dans une bassine. Sur ses os que la peau ne cache même plus, on lit toute l’horreur de la guerre.

Les enfants sont ici omniprésents : à l’orphelinat ; blessés à l’hôpital ; dormant recroquevillé dans un sac plastique sur le trottoir ; ou comme perdus dans la ville, minuscules silhouettes dans un champ de ruines… Un parti pris assumé. « Comme je suis maman, les enfants me touchent particulièrement. Ce sont des victimes innocentes, une génération sacrifiée. Il n’y a pas d’enfance au Yémen », s’alarme Véronique de Viguerie. Privés d’école – bombardées – et de professeurs – non payés –, les enfants sont poussés à travailler ou à combler les rangs décimés des combattants houthis.

Une jeune femme, pourtant, tente de défendre leur droit à l’innocence. Il s’agit d’Amat Allah Hassan, Première ministre du gouvernement des enfants, une institution créée par le président assassiné Ali Abdallah Saleh. Sur une improbable photo, on la voit poser fièrement entourée de ses ministres, adolescents armés en costume-cravate. A seulement 17 ans, Amat Allah Hassan n’hésite pas à tenir tête aux chefs religieux et militaires pour lutter contre l’enrôlement des enfants et les mariages précoces. Les deux journalistes n’auraient d’ailleurs probablement pas pu mener à bien leur reportage sans elle. C’est elle qui les a protégées quand les Houthis les pourchassaient. Dans une guerre que l’on nous cache, « elle a considéré que c’était sa mission de nous faire voir », avance Véronique de Viguerie.

 rfi.fr

 

 

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