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Discours culturel du Président de la République, recevant les intellectuels et artistes du Sénégal.

Mesdames, Messieurs,


Chers compatriotes, 


Permettez-moi d’abord de sacrifier à une bien agréable coutume en vous présentant mes vœux les meilleurs. Vœux de paix et de santé.  Que l’année 2014 soit pour tous les artistes et intellectuels de notre pays une année féconde d’éclosion de leurs  productions artistiques et intellectuelles.
Si vous n’êtes la totalité de l’intelligentsia sénégalaise, vous en êtes une fraction représentative. Il y a là des universitaires, des écrivains et poètes, des architectes, des cinéastes, des artistes, des observateurs avertis de la scène politique : tous travailleurs de l’intelligence, du savoir ; tous penseurs du Bien et du Beau. Je suis vraiment heureux de vous recevoir en ce lieu avec lequel beaucoup parmi vous et ceux qui vous ont précédé ont eu des relations conflictuelles, car je sais que le rapport du pouvoir avec les intellectuels n’est pas simple : ce n’est pas un long fleuve tranquille.


Mais, vous n’en êtes pas moins les dignes héritiers de « Présence Africaine », plus que  la maison d’édition fondée par Alioune Diop, le  lieu de rendez vous des écrivains et des artistes noirs du monde entier  qui  ne manqua pas d’apporter à la fois un discours sur l’Afrique par des Africains, sous-tendu par une méthode de pensée universelle, et une action  au service de la pensée.


C’est cet héritage qu’il faut absolument vivifier,  en ce moment… pour la Renaissance africaine, sûrement mais avant tout pour l’émergence de notre pays et son leadership sur le continent.
Voila pourquoi cette première rencontre, hautement symbolique, est bien singulière. En effet, il n’est pas courant, surtout en Afrique, qu’intellectuels et pouvoir politique se réunissent  fraternellement autour d’un même banquet pour réfléchir ensemble sur l’avenir de notre destin commun.

Mesdames, Messieurs,


Chers Compatriotes,


L’intellectuel est celui qui travaille à rendre intelligibles nos réalités souvent opaques ; à  instaurer un débat fécond et heuristique ; à  tirer la sonnette d’alarme en cas de périls majeurs, car « Le service de la vérité est le plus dur des services », a dit Nietzsche. 
Je l’ai dit à Strasbourg, devant le Parlement européen, je le réaffirme ici avec force : « après le discours du monde et de l’Europe sur l’Afrique, j’ai la pleine conscience de l’urgence pour l’Afrique de produire un discours sur elle-même. Inventer un discours africain sur l’Afrique, c’est, dans un même mouvement, déconstruire la part idéologique des modèles théoriques et réinterroger positivement les modèles et les paradigmes. J’ai aussi conscience, dans cette quête, des défis à relever en ces temps où, sous l’effet combiné de la crise et d’une compétition effrénée, la tentation du repli sur soi est si forte ». 


Mesdames, Messieurs,


Chers Compatriotes,


Nous avons besoin de nous arc-bouter sur des valeurs revisitées, ancrées dans notre histoire et butinant le pollen fécond des vents ultramarins. Nous avons besoin de fraternelles utopies et de grands métarécits. Personne n’est mieux placé que vous pour participer fortement à cette œuvre de régénération et de renaissance africaines. Aussi, je vous réaffirme, ici, avec quelque solennité, toute ma détermination à vous accompagner dans votre œuvre difficile et exaltante. Non pas seulement en ma qualité de Premier protecteur des Arts, des Lettres et des Artistes, mais aussi parce que j’ai la claire conscience  de la richesse et de la diversité de nos intelligences qui se sont illustrées dans tous les secteurs du vaste domaine du Savoir, du Savoir-faire et de la production des œuvres de l’esprit. Par ailleurs, force est de constater que les intellectuels  ne prennent pas toujours toute la place qui est la leur !  J’encourage fortement le débat d’idées  et à cet effet,  je suggère  la création de lieux de rencontres, de groupes pluridisciplinaires pour animer l’espace  public; pourquoi pas la création d’un club trans-partisan  qui sera un lieu de rencontres de haut niveau pour perpétuer les traditions intellectuelles de ce pays ?
Soyez rassurés que je ne ménagerai aucun effort pour vous accompagner dans cette quête de rationalité, de renouveau des idées et d’affirmation de notre idéal intellectuel et esthétique !  

Mesdames, Messieurs,


Chers Compatriotes,


Pour construire ensemble un Sénégal émergent, libre et prospère dans une Afrique unie, je n’ai  pas peur des défis, car je pense, avec Hölderlin, que là où croît le danger, gît aussi ce qui sauve. J’ajoute que nous ne serions que mieux armés  si nous mettions en avant les deux principes que voici :


- Premièrement) rien n’est possible sans le respect de la République et de ses Institutions, de la Démocratie et de ses Principes ; 
- Deuxièmement, rien n’est possible sans un minimum de consensus. 
Il y va de  la responsabilité et la liberté  de tous. La résolution des maux qui nous gangrènent, dont les effluves de la pestilence offusquent nos narines, exige la totalité de nos efforts ; que de notre aptitude d’abord à bien les penser  - et je compte sur vous - dépendra notre capacité à inventer un futur habitable, un Sénégal enfin réconcilié avec lui-même.  
Je vous encourage à continuer d’instruire sans relâche le procès de notre propre société, afin d’exorciser nos démons, nos maladies, nos lâchetés, nos turpitudes avérées et nos mimétismes criminels. Nos courages d’aujourd’hui feront nos forces de demain.

Encore une fois BONNE ANNEE 2014 et BON APPETIT !



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