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Musique : la seconde vie de Oumar Bassoum

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En écoutant l’album « Waalo » du regretté Oumar Bassoum, les mélomanes de la musique traditionnelle se délectent de la voix suave, évocatrice de l’artiste, de belles mélodies, des notes envoûtantes du xalam et se font également raconter l’épopée et des faits histoiriques qui ont rythmé la marche du Sénégal et des royaumes de l’Afrique de l’Ouest. « Waalo » est un album à titre posthume riche de neuf titres chantés par Oumar Bassoum avant son décès survenu le 15 mai 2015. Au profit de la famille du chanteur traditionnel, l’album est lancé officiellement le mercredi 30 janvier 2019 à Dakar  en présence des membres de la famille du défunt, son fils aîné, des personnalités culturelles, des artistes, des entrepreneurs culturels, des journalistes et de Cheikh Ngaïdo Ba, président des cinéastes du Sénégal, Secretaire général pour l’Afrique de l’Ouest de la Fédération panafricaine des cinéastes (Fepaci), par ailleurs membre du Conseil économique, social et environnemental du Sénégal. Et ce, grâce à Pierre ROUSSEAU, mécène culturel et fondateur de l’Association Culture-Arts-Santé-Environnement (CASE) basée en France et à Cheikh Ngaïdo Ba. Avec cet album, le seul d’ailleurs de l’artiste disponible sur le marché, c’est une seconde vie de Bassoum qui s’opère. Résumé des neuf titres contenus dans la production « Waalo » parmi lesquels :

1 Taara

Taara , c'est le départ au pays des ancêtres. Cet éloge par excellence d'origine peulh a été renouvelé à plusieurs hauts personnages, mais qui finit par être attaché à la figure du grand conquérant et érudit du 19ème siècle El Hadji Omar Tall Al Foutiyou. 

 

2 Niaani 

Niaani, royaume de l'hospitalité et de l'insoumission est une province du Grand Djolof qui s'étendait de MalemeNiaani au Ndoukoumane. 

Lorsque Lat Dior roi du Cayor voulut annexer cette province, il se heurta à une farouche opposition du roi de Niaani d'alors Kimintang Kamara. 

Depuis ce jour, Niaani fut considéré comme le symbole du refus de la servitude : NiaaniBagn na

3 Saaraba 

Chaque peuple a une histoire glorieuse qui dort dans le temps et l'espace.

Saaraba, c'est ce passé dont l'existence est un mythe, néanmoins, il est évoqué et célébré dans les chants populaires comme un havre de paix et de jouissance où se rencontrent les aristocrates.

 

4 Yedakke 

Pour inculquer les valeurs qui fondent la société. 

Éduquer peut être une expérience à la fois très éprouvante et enrichissante, mais nécessaire et obligatoire. 

Yedaake pour ne jamais perdre ses repères. 

 

5 Galayaabé 

Galayaabé désigne les habitants de Galoya, une province du Fouta connus pour leur bravoure et leur attachement à leur culture. Les gens de Galoya ne lésinent sur aucun détail pour mettre à l'aise les hotes.

 

6 Lagiya

Pour magnifier l'honneur et inciter à poursuivre les oeuvres de ses prédécesseurs le griot chante tes louanges et te rappelle le chemin à suivre

 

 

7 Waalo

 Le waalo est une région historique du Sénégal, centrée sur le delta du fleuve Sénégal dans le nord-ouest du pays, autour de la ville de Saint-louis. Le roi du Waalo portait le titre de Brack. Ce royaume connut de nombreuses guerres entre les différentes dynasties voulant régner sur le royaume. Trois dynasties se disputaient le pouvoir : les Loggar d’origine Maure, les Diouss ou Dyoos d’origine Sérère et les Tedyek d’origine peulh. Les peuples majoritaires dans le Waalo sont les Wolofs, les Peulhs, les, Toucouleurs, les Sarakolés et les Maures Trarza. Le Waalo est considéré, dans la tradition orale wolof, comme le lieu de naissance de la langue et de la culture wolofs, à la suite du brassage culturel des divers peuples de la région. NdiadianeNdiaye, ancêtre mythique des Wolofs, bien avant l’empire du djolof dont il est le fondateur, avait été élu chef en ce lieu, après avoir émérveillé la population par sa sagesse et ses apparitions miraculeuses. Avant son arrivée dans la région, des propriétaires terriens sérères lamanes du clan de Ngom, et peulhs du clan Diaw, occupaient les lieux, à l’époque du wagadou ou Ghana. Le mot brack, nom du souverain, serait dérivé de Barka Bo Mbooc (Mbodj), nom du premier successeur de NdiadianeNdiaye. Pour d’autres, il serait issu du mot arabo-berbère, Baraka ou Barka, signifiant le bienfaiteur.     

8 Mame SocéNdiaye 

MameSocéNdiaye,  avec ce chant historique, comme la plupart des griots, l’artiste Oumar Bassoum rend hommage à MameSocéNdiaye, saint homme, fondateur du village Dohobé dans la zone de Linguère

9 Jaalo mbagn Codou

Jaalo mbagn Codou est un hymne de bravoure à la gloire de Lat Dior NgonéLatyrDiop. Chant épique des griots qui chantent les hauts faits du héros national, Lat Dior NgonéLatyrDiop.

La Rédaction

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Hommage à Seynabou Ndiaye

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Madame Seynabou  Ndiaye est rappelée à Dieu le 30 décembre 2018 à Dakar. Son amie Oumou Wane témoigne : « Je voudrais dire au monde entier ta grandeur d’âme et ta noblesse de cœur. Féministe de la première heure avec le mouvement Yewwi Yewwi, femme d’affaires avant l’heure, trop généreuse et vertueuse pour ce monde du business. 
Intellectuelle s’il en est, issu de Khâgne et Hypokhâgne au Lycée Montaigne de Bordeaux, tu as épousé en même temps que ton mari El Hadj Malick Sy, le cursus de linguiste, de l’anglais à la traduction. Ton dernier projet était de monter une galerie d’art de renom », Madame Wane de poursuivre : 
« Ma chère Seynabou, tu étais une personne d’une intelligence fine en avance sur ton époque, mais ce que je retiens de toi, c’est ton raffinement et ta distinction en toute situation, y compris face à la maladie. Cette dignité qui te venait aussi bien de tes origines Mbodjienne des signâres du walo que du Fouta par ta grand mère Fatoumata Soukho Garbe auprès de qui tu reposes à Yoff  (…) Tu as traversé ce monde en poétesse, que le ciel te reçoive en étoile ! »  

Par ailleurs, le Club Sénégal Emergent présidé par Youssou Diallo a rendu hommage à la regretée Seynabou Ndiaye, mère de Alpha Sy, membre du Club.

A la famille éplorée, à Madame Safiétou Ndiaye, ancienne ministre de la Culture, actuel ambassadeur du Sénégal en Afrique du Sud, à Maïmouna Dembélé, la rédaction présente ses sincères condoléances.

Baobabafrique

 

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Angélica Liddell, artiste politiquement incorrecte et jubilatoire

L'artiste espagnole signe au Théâtre de la Colline à Paris un nouveau spectacle, «The Scarlet Letter » (« La lettre écarlate »), inspiré du roman de l'écrivain américain Nathaniel Hawthorne, l'histoire d'une femme adultère contrainte par la société bien-pensante de Boston au XVIIe siècle, à arborer la lettre A sur sa poitrine comme un stigmate à vie. Un puritanisme encore menaçant dans nos sociétés pour Angélica Liddell qui le dénonce dans une pièce baroque, haute en couleur dont elle a le secret.

Angélica Liddell, fille d'un militaire franquiste, a fait de la scène un lieu de résistance à toutes formes d'oppression. Dans cette nouvelle pièce subversive, elle dénonce la montée du puritanisme, mêlant une fois de plus des tableaux visuels aux mots. Auteure, metteure en scène, comédienne, performeuse, elle s'avance sur scène habillée d'une robe longue à crinoline.

Autour d'elle dix hommes, le corps recouvert d'une toge noire et coiffés de longs chapeaux coniques, semblent des figures de l'inquisition. Le chant du Kyrie eleison retentit. Des peintures classiques de la Madone et de l'enfant font leur apparition. Puis le mouvement se fait plus sauvage, les hommes sont nus sous leur robe dont ils se délestent. Ils bousculent les tables, grimpent dessus.

L’amour jusqu’à l’humiliation

Angélica Liddell se déplace entre eux, dit son texte comme autant de pamphlets sur l'amour, le désir, la désobéissance. Elle cite ses poètes torturés, Pasolini, Artaud, dénonce toute forme de morale liberticide, revendique l'amour jusqu'à l'humiliation.

Sur scène les corps ploient sous la passion, la souffrance, et s'en trouvent régénérés. Chez Angélica Liddell, le spectacle relève du rituel. Une cérémonie où elle inverse les règles sociales et fait du théâtre un art de transgression pour nous libérer de nos peurs profondes. C'est politiquement incorrect et jubilatoire.
 
Avec rfi

 

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L’écrivain israélien Amos Oz est décédé à 79 ans

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L'auteur qui a signé des romans mais aussi des récits biographiques comme « Une histoire d'amour et de ténèbres » était lauréat de nombreux prix internationaux. En France, il avait reçu le Prix Fémina étranger en 1988 pour « La Boîte noire ». Cofondateur du mouvement La Paix maintenant Amos Oz est décédé ce vendredi 28 décembre à l'âge de 79 ans.

Poète, romancier, essayiste, Amos Oz était un intellectuel parmi les plus influents d'Israël. Il est décédé des suites d'un cancer à l'âge de 79 ans a annoncé sa fille sur Twitter. « Un auteur et un homme de paix », a-t-elle écrit sur le réseau social. Sa littérature était à l'image de sa vie : engagée et tournée vers l'exploration des hommes, leurs espoirs et leurs déceptions. 
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Le reggae, patrimoine culturel immatériel de l'Unesco

Le reggae est désormais sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco.
L'organisme de l'ONU a souligné "la contribution" de cette musique jamaïcaine à la prise de conscience internationale "sur les questions d'injustice, de résistance, d'amour et d'humanité, et sa dimension à la fois "cérébrale, socio-politique, sensuelle et spirituelle".

Ce style musical a été popularisée par son icône Bob Marley et d'autres comme Alpha Blondy au Sénégal. Le reggae, issu du ska et du rocksteady est né en Jamaïque à la fin des années 1960.

"Si, à ses débuts, le reggae était la voix des communautés marginalisées, il est désormais joué et adopté par une importante partie de la population, tous groupes ethniques et religieux confondus", a ajouté l'Unesco.

Le reggae rejoint ainsi une liste de quelque 400 traditions culturelles (chants, danses, spécialités gastronomiques ou célébrations) allant de la pizza napolitaine au zaouli, musique et danse des communautés gouro de Côte d'Ivoire.

A la différence de celle du patrimoine mondial, cette liste n'est pas établie selon des critères "d'excellence ou d'exclusivité", selon l'Unesco. Elle ne cherche pas à réunir le patrimoine "le plus beau" mais à représenter la diversité du patrimoine culturel immatériel, à mettre en lumière des savoir-faire portés par des communautés.

 

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Les patrons de presse rendent hommage à Sidy Lamine Niasse

Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) a appris avec une profonde tristesse ce mardi 4 décembre, le rappel à Dieu du Président Directeur Général (PDG) du Groupe Walfadjri, Sidy Lamine Niasse.  La presse privée sénégalaise qui perd l’un de ses piliers et pionniers  a été l’un des premiers à croire en ce secteur et à y investir, témoigne le collectif. 
 
L’ensemble des patrons de presse du Sénégal s’incline en sa mémoire et prie pour qu’Allah l’accueille dans ses Paradis célestes. Ils présentent, par la même occasion, ses sincères condoléances à sa famille et à toutes les consœurs et confrères.
 
Sidy Lamine Niasse qui a été un fervent défenseur des libertés et a beaucoup contribué aux grandes mutations démocratiques que le Sénégal a connues ces 20 dernières années, une délégation du CDEPS compte ainsi l’accompagner jusqu’à la dernière demeure du défunt. 
 
La Rédaction 
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Didier Awadi au 5e édition-Ciné Droit Libre : Justice levez-vous !

Après les rencontres cinématographiques internationales de  Dakar (RECIDAK), place au festival citoyen « Ciné Droit Libre » qui ouvre ses portes à Dakar du 27 novembre au 1er Décembre 2018. 

Le thème choisi pour la cinquième édition de cette rencontre culturelle  est « Justice levez-vous » avec comme sous-thème, la migration des jeunes.  Au cours de ce festival du film consacré aux droits humains et à la liberté d’expression, né en Ouaga dans la capitale du cinéma,  on verra la projection d’une dizaine de films à passer sur scène, dont trois vont pousser à la réflexion suivi des débats : Libre,  République des corrompus et Liberté pour le loup.  

Un événement qui vient à son heure, d’autant plus que la Justice sénégalaise est qualifiée par d’aucuns, d’un poids deux mesures, récemment avec le retrait de l’agrément de l'Ong Enda Lead Africa Francophone par le Chef de l’Etat Macky Sall, certains procès jugés « politiques », la longue détention des prisonniers. Toutefois, l’artiste chanteur Didier Awadi, qui à travers le Studio Thomas Sankara est collaborateur de cette rencontre avertit les dirigeants politiques.  « On a pas de projection électorale, ni de candidats particuliers. Les thèmes développés dans ce festival que sont Juste levez-vous ou Immigration des jeunes est valable pour hier, aujourd’hui et demain », souligne l'artiste.  

Il poursuit : « Si vous allez dans n’importe quel pays, vous allez trouver beaucoup de scandales comme ça. Je pense qu’il faut qu’on arrive à questionner nos institutions et la Justice. Des cas, vous en avez cité, mais aussi y’a d’autres. Et là je peux vous citer le cas de Ngaaka Blindé ou des marabouts libérés. Je pense que des cas n’en manquent pas.  Y a que des politiciens très connus qui font du bruit.  Des jeunes qui croupissent à la prison et qui attendent des jugements et ne sont pas connus et là on s’en fout. C’est tout cela qui me parle moi. Et le Ciné droit libre de poser toutes ses questions et sans détour »,   

Ce rendez-vous de Cinéma annuel sera également un moment pour rendre hommage aux hommes du Cinéma Africain notamment Sembene Ousmane, une introspection sur comment réclamer les droits citoyens  avec la présence de la Société civile et des membres de l’Ofnac, et enfin des concerts avec des artistes activistes. 

La Rédaction 
 

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La remise très attendue du rapport sur la restitution des œuvres africaines

Emmanuel Macron reçoit ce vendredi 23 novembre un rapport attendu sur la délicate question de la restitution des milliers d'œuvres d'art africaines arrivées en France sous la colonisation. C'est le président français lui-même qui avait lancé l'an dernier à Ouagadougou l'idée de ces restitutions, temporaires, ou définitives, en se donnant cinq ans pour les mettre en œuvre. Le rapport commandé pour ce faire aux universitaires français et sénégalais Bénédicte Savoy et Felwine Sarr propose notamment de modifier le code du patrimoine pour favoriser les restitutions d'œuvres aux États subsahariens. Il évalue à 90 000 le nombre d'objets ramenés d'Afrique et aujourd'hui conservés dans les musées de l'Hexagone.

Avant même sa remise au président, le rapport sur la restitution de l'héritage culturel de l'Afrique a été largement diffusé et commenté, il est même édité aux éditions du Seuil, comme un ouvrage de référence.

Il est vrai que les propositions sur le sujet sont assez révolutionnaires. Il s'agit de rendre aux pays d'Afrique subsaharienne tous les objets détenus dans les musées nationaux français dont on ne pourrait pas justifier l'achat consenti. Le rapport ne cible que l'Afrique subsaharienne, en raison, expliquent les rapporteurs, d'une situation sans équivalent, puisque, estiment-ils, près de 90 % des biens culturels africains sont détenus hors du continent.

Conclure des accords bilatéraux ?

Les deux auteurs, les universitaires Bénédicte Savoy et Felwine Sarr recommandent à l'État français de conclure des accords bilatéraux avec chaque État africain qui en fera la demande afin de prévoir la restitution de biens culturels transférés hors de leur territoire d'origine pendant la période coloniale française.

 
 Avec Rfi 

 

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Zénith de Paris : Après Wally et Pape Diouf, Sidy Diop se lance

Le chanteur Sidy Diop et le promoteur de la Maison des gardes du corps (MGC) ont signé un contrat d’exclusivité. Face à la presse, les deux collaborateurs ont informé que ce projet culturel s’élève à hauteur de 50 millions de francs CFA va durer 2 ans.  Et, durant cette période, renseignent-ils, l’interprète de «Diabira » va faire des prestations musicales à l’intérieur du pays mais également à l’étranger.   

La soirée de lancement dudit projet est prévue le 7 décembre 2018 au Théâtre Daniel Sorano de Dakar, elle sera aussi à l’honneur de l’homme d’affaire Cheikh Amar. 

Dans la même lancée, le chanteur de Guédiawaye, le promoteur et son collaborateur Matar de la structure de production "Subatel" envisagent également une soirée au Zenith de Paris, après celle de Pape Diouf. 

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Belgique: la restitution du patrimoine africain en débat

Que faire des objets pillés durant l’époque coloniale et consacrés œuvres d’art dans les musées d’Europe ? La question ne se pose pas qu’en France, où un rapport doit être rendu en novembre par l’essayiste sénégalais Felwine Sarr et l’historienne de l’art Bénédicte Savoy au président Macron. En Belgique, le débat précède la réouverture en décembre du Musée royal d’Afrique centrale, et porte aussi bien sur des objets, des archives que des restes humains.

 

Dans une lettre ouverte publiée le 25 septembre, 36 personnalités des mondes artistique, universitaire et associatif, en majorité Afro-descendantes, ont dénoncé une « Belgique à la traîne sur la restitution des trésors coloniaux » par rapport à la France, l’Allemagne et le Canada.

Le gouvernement a-t-il une position sur la question ? Au détour d’une dépêche de l’agence Belga, l’actuel ministre de la Coopération, Alexander De Croo, se dit prêt à en discuter avec les autorités et les directeurs de musées, mais aussi les experts des pays concernés. Un premier jalon a d’ailleurs été posé avec le « renvoi » au Rwanda des archives de la période coloniale, annoncé fin septembre. Une enveloppe de 400 000 euros a été prévue par le ministère de la Coopération, pour un projet de numérisation des archives royales et de celles du Musée royal d’Afrique centrale ayant trait à cette ancienne colonie belge. Il débutera en 2019 avec la visite d’une délégation d’archivistes rwandais qui définiront leurs priorités.

Un sujet qui monte

Dans une autre tribune, parue le 17 octobre, une trentaine de scientifiques, dont certains travaillent au Musée royal d’Afrique centrale, ont demandé un dialogue transparent qui « doit l’emporter sur le paternalisme ». Ils se refusent à des manœuvres qui consisteraient à noyer le poisson : « Il faut que l’on admette que la restitution concerne principalement la restitution physique d’objets de musée. La numérisation, les prêts et les expositions itinérantes sont également importants, mais ne doivent pas détourner l’attention du cœur du débat. »

Autre première en Belgique : un débat « participatif » intitulé « Restitution des biens culturels africains : question morale ou juridique ? » s’est tenu le 16 octobre au Parlement francophone bruxellois, sous la double houlette des présidentes de cette assemblée et de l’association Belgian Afro-Descendants Muntu Comittee (BAMKO-CRAN).

Ce débat, abrité par les 72 élus francophones sur les 89 que compte le Parlement de la région Bruxelles-Capitale, devrait être suivi d’effet : la constitution d’un groupe d’experts est prévue, de même qu’une résolution, destinée à être partagée avec les autres Parlements du pays. Il s’agira de proposer des amendements à la loi, pour aller vers des restitutions concrètes.

Campagne de restitution volontaire

En attendant que ce processus fasse son chemin, BAMKO-CRAN invite les particuliers à rendre les objets africains en leur possession, même s’il s’agit de vieux tams-tams ou de lances rapportées par leurs oncles du Congo. Cette campagne de restitution volontaire, qui va « permettre aux familles de donner l’exemple aux musées », verra les objets transiter de BAMKO-CRAN vers le Forum international des souverains et leaders traditionnels africains, chargé de retrouver les villages, familles et lignées d’où viennent les objets   et quand c’est impossible, de les rendre à des musées africains.

Les discussions en Belgique portent sur trois sujets bien différents, mais entremêlés : archives coloniales, restes humains et objets. Michel Bouffioux, journaliste de Paris-Match Belgique, a révélé en mai dernier la présence de 300 crânes, ossements et fœtus conservés dans le formol, provenant principalement du Congo, à l’Institut royal des sciences naturelles de Belgique. Le journaliste dénonce les crimes commis par le militaire belge Émile Storms, tels que la décapitation du chef Lusinga, en 1884, dont le crâne rapporté en Belgique comme trophée n’a pas été rendu au Congo. Les questions juridiques autour de ces dépouilles restent d’ailleurs posées.

114 pièces rendues au Zaïre de Mobutu

Sur la question des œuvres, le Musée royal d’Afrique centrale de Tervuren se veut « ouvert » au débat. Il explique dans un petit vade-mecum en ligne sur les « mythes et tabous » qui lui sont liés : « La présence de collections africaines à Tervuren mène inévitablement à la question du retour d’objets aux pays d’origine. (…) L’État belge, propriétaire légal des collections de l’AfricaMuseum, a transféré des objets, notamment entre 1976 et 1982. Lors de cette période, 114 pièces ethnographiques ont quitté le Musée royal de l’Afrique centrale pour l’Institut des musées nationaux du Zaïre à Kinshasa. Environ 600 objets ont également été transférés au Musée national du Rwanda à Butare. » En outre, Tervuren a remis en 2010 à ses trois anciennes colonies africaines, Congo, Rwanda et Burundi, la version digitale des films coloniaux les concernant.

L’essentiel du fonds colossal du Musée, où figurent entre autres 180 000 objets ethnographiques et 8 000 instruments de musique, n’en reste pas moins à Bruxelles. « Tout se passe en Belgique comme s’il fallait tout faire pour éviter de perdre la face par rapport à la question coloniale, analyse Mireille-Tsheusi Robert, la présidente de BAMKO-CRAN. Contester le Musée royal de Tervuren, l’histoire coloniale de la Belgique ou son influence actuelle sur le Congo, c’est toucher à des motifs de fierté nationale et à la vitrine internationale du pays. »

« Tout ça ne nous rendra pas le Congo »

En témoigne, par exemple, l’expression « Tout ça ne nous rendra pas le Congo », courante et utilisée à tout propos, au point d’avoir donné son titre à une émission de télévision traitant de faits de société généraux sur la RTBF. Elle évoque un fantasme de restitution d’une grandeur passée à l’exact opposé de ce que revendiquent les Afro-descendants à propos des biens culturels. Ce travers de la « vantardise coloniale » est d’ailleurs pointé par de nombreux experts, parmi lesquels l’historien belge David Van Reybrouck, auteur de Congo, une histoire (Actes Sud, 2012).

« De ce point de vue, le Musée royal d’Afrique centrale est mal utilisé », poursuit Mireille-Tsheusi Robert. La secrétaire d’État à l’Égalité des chances Zuhal Demir y envoie par exemple des jeunes qui ont chanté en août « Couper des mains, le Congo est à nous » lors du festival  Pukkelpop, où ils s’en sont pris à deux jeunes filles noires. L’objectif : « qu’ils prennent conscience des faits horribles commis durant la colonisation », selon la secrétaire d’État. « Et ce, alors que le musée n’est pas décolonisé ! », s’exclame la présidente de BAMKO-CRAN.

Le débat sur la restitution s’inscrit comme en France dans un contexte plus général de « décolonisation » des anciennes métropoles coloniales, et de dénonciation des expressions les plus flagrantes du racisme qui en est issu.

Avec la Rfi

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