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TOUBAB DIALAW, Terre de refuge

Toubab Dialaw, terre de culture, zone touristique. Le village offre aux visiteurs une vue paradisiaque. Implanté dans une zone montagneuse, la verdure et la mer font de Touba Dialaw un site incontournable pour les touristes. Un tour dans ce village de pêcheurs habité avant par des «Socès» (les mandingues), permet d'admirer la beauté du site. Reportage.

«Toubab Dialaw» ! La seule évocation de ce nom est une invite à l’exile. Un site paradisiaque où il fait bon vivre. Ce village de pêcheurs est situé sur la Petite-Côte, au sud de Dakar, entre Bargny et Popenguine, à 53 km de Dakar.  Avec l’autoroute à péage, se rendre à Touba Dialaw se fait en moins d’une heure. Un village très accessible et où la population est accueillante. Zone touristique, Touba Dialaw est aussi un village de vacances avec ses plages paradisiaques de sable blanc et de formations rocheuses, avec ses hôtels et  ses résidences huppées.

Des personnes d’un certain standing s’y rendent très souvent pour des moments de détente et de distraction après des heures de travail. Sur le long de la route, de belles maisons se dévoilent. Les terrains vagues sont presqu’introuvables dans certains milieux. Zone montagneuse, l’environnement est constitué d’une savane, avec des baobabs, de belles collines et une magnifique lagune, avec vue sur la mer. L’air pur y est «consommé»  sans modération.  Dans le village, la réalité est tout autre. Des maisons couvertes de zinc se côtoient.

L’accès est difficile et la misère vécue. La jeunesse est sans emploi et vit de pêche et tourisme. Des voitures s’y rendent au compte-gouttes. Ce sont des cars «Ndiaga Ndiaye» ou encore des «clandos» qui assurent le transport. Sans eau potable, presque sans électricité. Des enfants mal fagotés et des parents, perdus dans ce taudis, guettent la moindre occasion pour proposer leur produit afin d’assurer le repas quotidien.

 Village de pêcheurs

Le village de Toubab Dialaw est habité par des lébous. Ils sont, entre autres, des pêcheurs. Dans les dix villages qui forment Touba Dialaw, sept sont occupés par ces derniers.  La pêche demeure la principale activité de la zone et le tourisme occupe la seconde occupation. Touba Dialaw est aussi connu pour son quai  de pêche, le poisson y est abondant. Au bord de la mer le poisson grillé fait saliver les visiteurs. Une gamme de choix y est proposée par les pêcheurs. D’autres sont acheminés dans les marchés de Dakar. «Nous sommes un village de pêcheurs. Nous menons cette activité depuis plusieurs décennies.

C’est un travail difficile mais qui nous permet de subvenir à nos besoins. Avec la proximité des hôtels, des gérants viennent se ravitailler chez nous», a expliqué Modibo Ndiaye, habitant de Toubab Dialaw. Le tourisme quant à lui, est très rentable dans cette zone et c’est des jeunes qui viennent de Dakar qui occupent le secteur.   « Nous aidons les touristes à se retrouver à Touba Dialaw. Nous les orientons dans des hôtels ou encore, nous les faisons découvrir les sites stratégiques du village.  Nous venons de Dakar et nous faisons la navette, tous les jours pour ce travail et on s’en sort », a indiqué Cheikh Mbodj. Et son camarade, Meissa Ngom, de reconnaître que « Toubab Dialaw sera bientôt un site de convergence de tous les touristes grâce à ses atouts environnementaux. »

 Les pères fondateurs

D’après les notables du village de Touba Dialaw, les premiers habitants du site furent des Mandingues, communément appelé «socès», ethnie séculaire. C’est une ethnie que l’on retrouve présentement dans le Sud du Sénégal, en Casamance.  Selon ces notables, ces derniers y sont installés vers le 15ème siècle pendant la période de la traite négrière. Les « socès » considéraient ce milieu comme une terre de refuge et s’étaient installés au bord de la mer, guettant l’arrivée du blanc qui venait «pêcher» des esclaves sur la zone.  Pour M. Fall qui s’occupe des questions historiques du terroir, « d’après les ancêtres, le nom de Toubab Dialaw serait venu tout simplement du langage mandingue qui signifierait «le blanc arrive» comme pour prévenir ses compatriotes afin de ne pas être pris par le blanc, et c’est ainsi que le village fut appelé Toubab Dialaw».   

Pour une superficie de 50 km, Toubab Dialaw fut peuplé par les lébous après le départ des socès qui étaient plutôt nomades, selon les notables. La population est aujourd’hui estimée à plus de 30 000 personnes contre  2 210 habitants en 2003.  A coté des Lébous, on y retrouve presque toutes les ethnies vivant au Sénégal. « Nous enregistrons, depuis un certain temps, le retour de certaines familles qui viennent reprendre la propriété de leurs parents. Des investissements des fils du terroir, séjournant dans d’autres lieux, sont aussi notés », a expliqué le notable Fall. Pour ces habitants, l’appui aux femmes qui s’adonnent à l’agriculture fait la force du village.

 A la recherche d’eau potable

Chaque maison abrite un puits d’où jaillit une source de vie abondante, douce et fraîche. L’œuvre est du marabout  El Hadj Omar Tall, figure inspiratrice des Toucouleurs qui, selon la légende, serait venu dans ce village et aurait fait jaillir sur la plage une source d'eau douce aux vertus mystérieuses. Cependant la population a du mal avoir l’eau fourni par la Société des eaux du Sénégal (Sde). Selon les habitants, les installations sont bien en place, mais la pression de l’eau est faible à cause de la zone qui est montagneuse. La solution serait de mettre en place des forages pour leur permettre de se ravitailler en eau potable.

 Infrastructures et contraintes

Toubab Dialaw a beaucoup évolué ces derniers temps. Hormis les hôtels qui sont construits pour vendre la destination, d’autres infrastructures sont bien présentes. Dans le domaine de l’éducation, Toubab Dialaw qui comptait deux classes pendant la période des colons, est aujourd’hui à 10 écoles dont des primaires, collèges et lycée. Le village est aussi doté d’infrastructures sanitaires pour prendre bien soin de la santé des populations. Toutefois, la population plaide pour des infrastructures routières et appelle le gouvernement à des investissements pour la jeunesse. Pour les notables : « la sécurisation de la forêt demeure l’une de nos grandes préoccupations. Après avoir cultivé nos champs, les animaux dévorent ou piétinent tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. Cela pose énormément de problème pour ceux qui s’adonnent à l’agriculture. Il faut que les autorités nous aident pour sécuriser la forêt.» 

Au niveau de la jeunesse, elle demande des investissements pour monter des projets qui pourraient être rentables pour le village. «  Aucun soutien, aucune formation, les autorités étatiques ont concentré leurs activités à Dakar et oublient ceux qui sont à l’intérieur du pays. Il suffit d’un petit appui pour permettre aux jeunes de voler de leurs propres ailes. L’endroit est propice, mais c’e sont les moyens qui nous manquent », a souligné  Cheikh Mbodji.

 Terre de culture

Toubab Dialaw est aussi une terre de culture. Le village abrite l’une des grandes  écoles de danses traditionnelles et contemporaines d'Afrique : «l'école des sables». Il est à la fois une école d’enseignement théorique et pratique, un laboratoire de recherches, et un lieu de rencontres et d’échanges, de conférences et de résidences artistiques, animée par la chorégraphe Germaine Acogny. Aujourd’hui, ce centre accueille des danseurs du monde entier pour des stages. L’espace Sabo Bade de Gérard Chenet et celui de Mbul du poète et promoteur culturel Dave Fall consituent des lieux d’expressions artistiques et d’échanges culturels. L’artisanat y est propice avec des œuvres d’art sculptées et exposées dans des zones visitées. Des colliers de perles présentés pour vendre l’image de l’Afrique partout dans le monde. Pour Ndiarka Diop, vendeur et fabriquant des objets d’art: «je fais de la sculpture. Je fabrique de petites choses, des objets d’art représentant des animaux. C’est facile à transporter et ce n’est pas cher. Les touristes adorent et je m’en sors bien.» Ayant capitalisé vingt ans dans le métier, M. Diop souligne ne jamais recevoir de subvention : «Je travaille toujours avec mes propres moyens, comme la plupart de mes camarades» ; a-t-il ajouté.

 

Denise ZAROUR MEDANG

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