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Contribution : Le patrimoine culturel sénégalais est méconnu

Les Mégalithes de Sine Ngayéne

Le Sénégal figure en bonne place sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO). Il occupe la troisième place en Afrique avec sept (7) biens, à égalité avec l’Algérie et l’Egypte. Le Maroc est premier sur le continent avec neuf (9) biens, devant l’Afrique du Sud deuxième avec huit (8) biens.

Le classement de l’UNESCO est un label, une ouverture vers une valorisation des sites ou lieux classés. La convention de l’UNESCO concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel adoptée en 1972 définit le patrimoine dans ses articles premier et deux :

  • Le « patrimoine culturel », qui inclut les monuments : œuvres architecturales, de sculpture ou de peinture monumentales, éléments ou structures de caractère archéologique, inscriptions, grottes et groupes d'éléments, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l'histoire, de l'art ou de la science ; les ensembles : groupes de constructions isolées ou réunies, qui, en raison de leur architecture, de leur unité, ou de leur intégration dans le paysage, ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de l'histoire, de l'art ou de la science ; les sites : œuvres de l'homme ou œuvres conjuguées de l'homme et de la nature, ainsi que les zones y compris les sites archéologiques qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue historique, esthétique, ethnologique ou anthropologique. 



  • Le « patrimoine naturel », qui comprend les monuments naturels constitués par des formations physiques et biologiques ou par des groupes de telles formations qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue esthétique ou scientifique ; les formations géologiques et physiographiques et les zones strictement délimitées constituant l'habitat d'espèces animale et végétale menacées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science ou de la conservation ; les sites naturels ou les zones naturelles strictement délimitées, qui ont une valeur universelle exceptionnelle du point de vue de la science, de la conservation ou de la beauté naturelle. 

Eu égard à ces considérations, le Sénégal compte deux (2) biens sur la liste du patrimoine naturel, le Parc de Niokolokoba et le Parc National des Oiseaux de Djoudj, tous les deux inscrits en 1981.

Il faut cependant, souligner que le Parc de Niokolokoba, est inscrit sur la liste des biens du patrimoine mondial en péril.

Et sur la liste du patrimoine culturel, il en compte cinq (5) à savoir :

  • Pays Bassari : paysages culturels Bassari, Peul et Bédick (2012) ;

  • Le Delta du Saloum (2011) ;

  • Les Cercles mégalithes de Sénégambie (2006) ;

  • L’ile de Saint – Louis (2000) ;

  • L’ile de Gorée (1978).

Il faut saluer cet effort du gouvernement de collecte, de conservation et de protection du patrimoine culturel sénégalais.

Cependant, force est de constater le manque d’appropriation du patrimoine par la population sénégalaise.

En effet, le patrimoine culturel Sénégalais est méconnu par ses propres fils. Il reste encore des efforts à faire sur l’enrichissement et la valorisation du patrimoine.

Même certains sites classés patrimoines nationaux que l’on se doit de conserver et de valoriser par devoir de mémoire sont méconnus. Le site de Pathé Badiane à Paoskoto, là où les forces musulmanes de Maba Diakhou BA ont battu les forces coloniales dirigées par Pinet –Laprade, les armes à la main en 1865, est en passe d’être rangé aux oubliettes. Yang Yang (la capitale de l’empire du Djolof), la bataille de Ngol Ngol, la tragédie des femmes de Nder dans le Walo et d’autres encore ne seront peut-être jamais dans la mémoire des futures générations, si la situation ne change pas. Ils ne font pas l’objet d’étude approfondie dans les établissements scolaires et aucune action durable ne se développe pour pérenniser leur épopée.

Ils sont combien de sénégalais à ne jamais fouler le sol de Gorée, du delta du Saloum, des parcs de Niokoloba et de Djoudji, des Tatas d’Alboury et de Maba, des Cercles mégalithiques de Sine Ngayéne, etc. ?

Ils sont encore combien d’élèves, d’étudiants, d’intellectuels à n’avoir aucune notion, aucune information sur le patrimoine classé national et classé mondial ?

Le patrimoine est un puissant vecteur de développement économique, local et touristique. Il participe à l’attractivité des territoires, à la connaissance des identités et à la cohésion sociale. Pour cela, il faut une valorisation, une promotion et une diffusion de ce patrimoine tant sur le plan national qu’international.

Une chose est de se battre pour faire figurer notre patrimoine sur la liste de l’UNESCO, une autre en est son appropriation par la population.

Il est temps de développer une coopération entre les ministères en charge de la culture et celui de l’éducation, pour des actions fortes et durable, en vue de mettre en valeur notre patrimoine.

Il est temps d’instituer l’éducation artistique et culturelle, pour une meilleure appropriation du patrimoine par les populations.

Il est temps de faire obligation aux collégiens et aux lycéens de visiter les sites ou lieux classés patrimoine.

Il est temps que la valorisation du patrimoine sénégalais sorte des sentiers battus du plein vent, pour épouser les technologies de l’information et de la communication. Ceci participera à l’accès au patrimoine par le plus grand nombre.

Il est regrettable de constater que la Direction en charge du Patrimoine Culturel n’a même pas de site web. Ce dernier devrait constituer une base de données et ou un outil d’information pour tous les sénégalais et pour tout homme qui s’intéresserait au patrimoine culturel sénégalais.

Le Sénégal gagnerait à développer des actions durables de valorisation, de connaissance, d’appropriation de son patrimoine. L’éducation artistique et culturelle à bas âge participe à la conservation à la valorisation et à la transmission du patrimoine.

Un peuple qui n’a aucune notion sur son patrimoine, n’éprouvera aucune fierté par rapport à son histoire.

Le patrimoine sous-entend aussi, un legs à la génération future. Il doit être avant tout une affaire du Peuple, de la Patrie, de l’Etat, de la Nation.



Thierno Diagne BA

Animateur culturel

Gestionnaire des Industries culturelles

Amicale des Animateurs et

Conseillers aux Affaires Culturelles (ADAC)

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