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Le Centre Ahmed Baba de Tombouctou : un symbole de la mémoire africaine

Dakar, 30 jan (APS) - Le Centre de documentation et de recherches Ahmed Baba (CEDRAB) de Tombouctou au Mali, incendié lundi par des Islamistes, a été fondé en 1970 par le Gouvernement malien avec l'aide de l'UNESCO. Officiellement inauguré en 1973, il recueillait certains manuscrits à des fins de restauration et de numérisation.

En avril dernier, après la prise de la partie nord du Mali par divers groupes salafistes, le Directeur du Patrimoine culturel sénégalais, Hamady Bocoum, avait senti la menace que représentait la situation pour les sites historiques de Gao et de Tombouctou. 

Partant de là, il avait invité l'UNESCO à prendre des "mesures conservatoires", mais devant l'avancée victorieuse des armées française et malienne, les Islamistes ont dans leur fuite brûlé les manuscrits conservés au Centre Ahmed Baba. 

"Si jamais il devait y avoir une reconquête, on peut s'attendre à ce que ces villes deviennent des boucliers au sens patrimonial du terme", avait averti M. Bocoum, par ailleurs Directeur de l'Institut fondamental d'Afrique noire (IFAN), dans un entretien au quotidien Le Soleil.

Le Directeur du patrimoine culturel avait rappelé que des "manuscrits uniques" sont conservés depuis plusieurs siècles dans ces villes du Nord du Mali. Aussi bien à "Tombouctou, "ville savante, ville des 333 saints, où, pratiquement, chaque concession est un patrimoine, une bibliothèque, qu'à Gao".

Certains des manuscrits, que recueille le Centre Ahmed Baba, datent de l'époque préislamique remontant au XIIème siècle. Ecrits pour la plupart en arabe et en peul par des savants originaires de l'ancien Empire du Mali, ils sont conservés depuis des siècles comme des secrets de famille. 

Les écrits portent sur des domaines aussi variés que la botanique, l'astronomie, la musique, la généalogie, l'anatomie humaine, etc. Le seul Centre Ahmed Baba a collecté plus de 18.000 manuscrits, selon l'UNESCO, mais de nombreux chercheurs estiment à environ 300.000 manuscrits dans l'ensemble de la zone où le nombre de bibliothèques privées varie entre 60 et 80.

Des manuscrits plus récents couvrent les domaines du droit, des sciences, de l'histoire (avec d'inestimables documents comme le Tarikh el-Fettash (Chronique du chercheur) de Mahmoud Kati sur l'histoire du Soudan au XVème siècle et le Tarikh es-Sudan (Chronique du Soudan) d'Abderrahmane Es Saâdi au 17ème siècle), de la religion, du commerce...

Les responsables du Centre menaient un travail de sensibilisation auprès des familles, pour les amener à leur transférer les écrits dont la plupart sont menacés par les mauvaises conditions de conservation dans les maisons et le trafic qu'entretiennent des collectionneurs venus de l'étranger.

En janvier 2009, le président malien, Amadou Toumani Touré, son homologue sud-africain, Kgalema Motlanthe, et le prédécesseur de celui-ci, Thabo Mbeki, ont inauguré l'Institut des hautes études et de recherche islamique Ahmed Baba. 

Le coût des travaux, entièrement supporté par l'Afrique du Sud, s'élevait à 2,5 milliards de francs CFA. L'institut comprend notamment un amphithéâtre de 500 places, une salle de conférence de 300 places et une bibliothèque.

Dans son élan de protection et de sauvegarde du trésor de Tombouctou, un patrimoine universel constitué de près de cent mille manuscrits datant de la période impériale ouest-africaine (au temps de l'Empire du Ghana, de l'Empire du Mali et de l'Empire songhaï), le président Mbeki avait aussi lancé le "Timbuktu Project" qui a fait l'objet d'un film réalisé par Zola Maseko.

Parmi les textes conservés à Tombouctou, il y a notamment le dictionnaire d'Ahmed Baba –un érudit ayant vécu entre le 16ème et le 17ème siècle - daté de 1596. Ce document présente le fonctionnement des écoles et universités qui réunissaient 25.000 élèves et étudiants dans la ville de Tombouctou.

Il y a aussi un recueil sur "les bons principes de gouvernement" d'Abdul Karim Al Maguly, remontant au règne de l'empereur Askia Mohammed (1493-1528), qui atteste de l'existence d'Etats et d'une pensée politique dans la zone. Voici quelques uns de ces "principes" : 
"L'impartialité du souverain doit être faite dans le cas notamment du jugement à rendre entre deux personnes opposées par un différend : Il faut être juste dans chacun des actes, allant de la façon de recevoir les personnes opposées jusqu'au moment de trancher. Même si l'un des protagonistes tentait un rapprochement avec le souverain-juge, il faudrait éviter toute amitié".

--"Le temps de plaidoirie doit être également équitable. L'équité veut qu'il n'admette pour témoins que des personnes à la moralité avérée".

--"Les hommes de droit qui entourent le Roi ne doivent accepter de pots-de-vin ni avant ni après le procès. Aucun cadeau des plaignants ne doit non plus être accepté''.

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