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Exposition à Genève : Notre Afrique, « Là-bas » et « Ici »

Le Centre des arts de l’Ecole internationale de Genève accueille à partir du 23 janvier 2018 une grande exposition d’art intitulée « Notre Afrique, « Là-bas » et « Ici »: Our Africa, « There » and « Here ».

 L’expo réunit des artistes africains contemporains.

Cette exposition de l’art africain contemporain est appelée à constituer un carrefour de l’expression culturelle africaine, un moment privilégié de confrontation et d’épanouissement des expressions les plus actuelles de la diversité créative africaine.

C’est une occasion merveilleuse de pouvoir s’ouvrir et s’enrichir, grâce aux contacts et au regard de ces créateurs et des professionnels venus d’Afrique et de la diaspora africaine. 

Nous mettrons la communauté face à de multiples interrogations sur l’art africain qui s’ordonnent ainsi autour du sens du devenir de la création, de son originalité, de ses emprunts et de l’appropriation face à un monde globalisé et face à une évolution très poussée des arts plastiques dans le monde. Il ne s’agit pas de comparer l’art africain en général, à ces autres expressions artistiques venues d’ailleurs dans le monde, mais de concevoir la spécificité d’un art dans son développement local et de sa diaspora, sa capacité à résister aux effets délétères de la mondialisation, sans pourtant rechigner aux confrontations à d’autres visions de l’expression artistique d’où qu’elles viennent.

         Ces artistes plasticiens perçoivent mêmement des liens entre l’homme et la nature, entre l’homme, l’esprit et les matériaux et tissent une pratique africaine contemporaine dont ils aiment à se réclamer. C’est la concrétisation d’une pensée selon laquelle il existe bel et bien une relation entre le visible et l’invisible, une alliance entre la beauté des matériaux et la magie des rythmes qui assurent l’équilibre des œuvres. Ils attestent naturellement l’idée d’exister pleinement dans cette vie au service de leurs arts, et ce, non sans emprunts.

L’éloignement de la terre d’origine n’est pas sans incidence sur la complexion psychologique, intellectuelle et artistique. Aussi j’aime à faire mien cet aphorisme du poète et écrivain portugais, Miguel Torga, qui définissait à ce propos le chez soi « comme le lieu d’où je pars » : une manière de vivre une sorte de stratégie de compensation d’un désir et de comblement d’un vide creusé par l’exil. Le travail plastique de l’exil semble dès lors déterminer en l’artiste un certain type d’organisation et de fonctionnement personnel qui semblent revêtir un caractère relatif et transitoire.

Ici intervient la notion fondamentale du recul, facteur significatif et incontournable dans le travail de création. Il est plus judicieusement nécessaire de faire un pas de côté, d’avoir une légère démarcation de ses réalités sociales, en devenir parfois un spectateur pour en tirer des éléments qui soutiennent sa propre création. En un mot ne pas avoir le front collé sur la vitrine des réalités sociales, pour pouvoir les étudier de front. Le recul n’est nullement incompatible avec l’enracinement dans la culture spécifique d’origine, c’est-à-dire dans son terroir. Le recul constitue également un facteur important pour le spectateur qui reçoit la création. Comme le dit très justement   l’écrivain Nancy Huston : « une des forces de l’art est sa capacité d’ébranler nos certitudes virulentes et rassurantes, de faire vaciller nos identités et identification faciles, d’ajouter des nuances à nos analyses en noir et blanc, de nous permettre de voir le monde (y compris nous-mêmes) à partir d’autres point de vue. »[1] Et Miguel Torga de renchérir, « l’universel, c’est le local, moins les murs ». Certes, le travail agrège fondamentalement les notions de base culturelle, mais réagit aussi à la culture fraichement adoptée à la faveur de l’exil. Les influences européennes, et suisses en particulier, se trouvent avérées.

         Ils sont des exemples édifiants de l’authenticité et du dialogue synthétique, mais surtout du dépassement de leur civilisation et celle venue d’ailleurs ou de l’étranger.

Ils exercent leur art dans un climat et une situation postcoloniaux et ainsi se confrontent à l’ambigüité assumée d’un art d’origine face à un art importé. Ils ont tout simplement posé la passerelle entre l’Afrique et l’Occident. Ces plasticiens ont refusé la construction de murs qui les enfermeraient dans des ghettos culturels pour ainsi construire des ponts afin de cheminer librement entre ici et là, entre là-bas et ailleurs. L’autre aspect qui relie fortement ces artistes est le questionnement sur la matière, le signe, la couleur, les matériauxqui organisent leur pratique artistique. Ainsi ce partage distribué de pratiques et de convictions artistiques qui aboutit tout naturellement à un art contemporain africain.  Ils nous confrontent à l’évidence des richesses et de la vitalité inhérentes à notre pratique artistique et à sa contemporanéité. Et si les initiatives individuelles se multiplient sur le devant de la scène artistique, elles ne s’en réclament pas moins d’un substrat de réflexions communément partagées sans pour autant constituer une école. Christiane Falgayrette –Leveau, lors de l’exposition de l’art sénégalais au Musée Dapper dit à propos de ces réflexions : « Elles questionnent sans relâche l’environnement, la société et ses transformations. Les regards se posent à proximité, sur le monde urbain, Dakar et sur le quotidien proche de celui de bien d’autres pays africains ayant partagé les mêmes difficultés et les mêmes attentes. »[2]

Ce que ces artistes ont en partage est le fait de plonger le spectateur dans les réalités culturelles qui évoquent des souvenirs et des traces de vie. Et au-delà de cette apparence et d’une réflexion sur le réel, « l’œuvre pose un débat sur la création contemporaine, aux antipodes du culte identitaire inconfortablement cultivé ici et là. L’espace, le temps, l’interdisciplinarité, la pluridisciplinarité, l’objet, le public, l’inédit du geste des auteurs tout y est évoqué »[3]

    Momar SECK

                                                                                          Commissaire et curateur   

Contact

Tél : 0765960513

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[1] Nancy Huston, écrivain américain, article : Eclairer nos lanternes, dans le journal, le Monde- dossier et documents- N°410 juillet-aout 2011. Page 2

[2]Le Sénégal Contemporain- Christiane Falgayrettes-Leveau  et Sylvain Sankalé. Livre édité sous la direction de Christiane Falgayrettes-Leveau à l’occasion de l’exposition Le Sénégal contemporain, conçue dans le cadre de l’Année Senghor et de la « Francophonie !le festival francophone de en France » au Musée Dapper- Editions Dapper 2006.Page 15

[3] Sidy SECK dans le magazine Afrik art numéro 2 publié en décembre 2005. Page 24 

 

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