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Biennale Regard Bénin: L’artiste Julien Vignikin « incendie » Artisttik Africa

Incendie. C’est la problématique qui se dégage de l’ensemble des œuvres que présente le plasticien Julien Vignikin au centre culturel Artisttik Africa à Cotonou. Invité dans le cadre de la biennale Regard Bénin, l’artiste est arrivé de la France avec quelques toiles. Sur place, il en a créé d’autres et s’est illustré surtout au montage d’une série d’installation très particulière. Au cœur de ses créations, des clous, des fourchettes, cuillères, des lambeaux de tissus et autres objets usagers. C’est sa matérialisation de l’incendie.

« Indigestion », « Malbouffe », « Pouvoir », « Déchirement ». Julien résume bien l’« incendie » par cette quadrilogie. Diplômé de l’école des beaux arts de Dijon en France depuis 1985, Julien évolue dans un style qui exprime typiquement le contraste et les polarités liées à la création artistique. Ces toiles sont porteuses d’une individualité propre et représentative d’une culture plus large, énonçant les traces d’un profond bouleversement.

L’indigestion est matérialisée à travers l’installation d’une table et une chaise rouées de clous, une assiette et des ombres. Ici, le repas se prend seul, les autres étant indésirables, repoussés. La nourriture est consommée comme une information télévisuelle prémâchée, prédigérée et pré-intégrée.

La malbouffe est caricaturée par une étendue de sable marin, esthétiquement souillée par des ustensiles de cuisine éparpillés çà et là. Cela renvoie au refus de la mer d’ingurgiter tout ce qu’on lui jette et qu’elle ne peut digérer.

Le pouvoir. Il se découvre à travers l’installation d’un trône avec à l’arrière deux ombres noires qui représentent un tiraillement entre le bien et le mal. Cet objet, emblème par excellence du pouvoir, cache également des ombres humaines. L’artiste fait le lien ici entre le trône et l’enseigne publicitaire : des objets représentatifs d’une réalité mais qui finalement ne la reflète pas. L’attention est portée sur l’objet au détriment de l’humain et qui fait preuve de vénération et d’utopie. Du coup, le pouvoir, bien souvent représentatif, de façade, donnent aux autres une image tronquée et vénérée de ce que nous sommes.

Le déchirement intervient ici alors par des tableaux de bois percés de clous avec des restes de pagne emprisonnés, déchirés qui marquent le passage d’Etres humains, qu’ils soient jeunes ou vieux. Au pied de ces tableaux, des tas de restes de tissu, un monceau de déchets comme une trace de ceux qui ont été et qui sont restés sur le carreau. Cette installation ramène à la mémoire, des images vues et revues des films et documentaires traitant de l’holocauste. Les toiles alentours fonctionnent en écho de cette installation : on peut y lire « non retour », « trafic », « crime »… Une souffrance exprimée avec force qui rebondit sur les murs et qui marque les esprits.

 

Fortuné SOSSA

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