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Cinéma : « L’âme silencieuse » de Françoise Dexmier

Pour sa première sortie en Mauritanie, le film « l’âme silencieuse » de Françoise Dexmier  a fait très forte impression le 17 octobre 2017 à l’Institut Français de Mauritanie. Le public a pris d’assaut la seule salle qui existe encore en Mauritanie. Le film bien réalisé met en scène les rapports entre  un jeune artiste mauritanien, Oumar Ball  avec son milieu naturel, avec son environnement socioculturel ou pour parler comme Senghor, son royaume d’enfance. La caméra met en gros plan des objets, des moments et des événements  de la vie quotidienne avec leurs  mouvements et leurs vibrations. Rien n’est figé, tout bouge. L’œuf qui éclore, le linge qui sèche aux quatre vents,  les mouvements du pinceau sur la toile, Les querelles incessantes de la basse cour, Les allées et venues dans les rues adjacentes,  …. Peu de mots, beaucoup de rythmes, une poésie qui  se déclame avec élégance jusque dans les regards et les gestes  des différents acteurs.  Les rares fois qu’on entend la voix de la réalisatrice sont des occasions de sonder le tréfonds de l’artiste. En effet, comment descendre dans l’intimité d’une personne aussi timide et si avare  en parole comme Oumar Ball ? Françoise Dexmier l’a réussi avec art et maîtrise.

Cependant, le film est difficile à classer. Apriori, on croirait à un documentaire sur la vie et l’œuvre d’un artiste peintre dans sa simplicité  existentielle et dialectique. Mais,  la narration est limitée à quelques questions de précision sur sa pratique  en relation avec  le monde extérieur. La réalisatrice ne se focalise pas sur un seul objet - le protagoniste de l’histoire en l’occurrence - elle met en exergue plusieurs réalités, ouvre plusieurs brèches qui captivent  l’esprit et aiguisent la curiosité. Au finish, on sort de cette salle  avec une morale mais également avec d’autres questionnements et maintes énigmes à résoudre. N’est ce pas là, le propre de la fiction ?  Les échanges avec la  réalisatrice et le personnage principal  ont démontré que les spectateurs ont passé un véritable moment de bonheur. Beaucoup étaient émus et surpris du fait de l’intensité du film et pour ceux qui ne connaissaient pas Oumar, Ils ont découvert un artiste talentueux  qui, avec des matériaux dérisoires  de son milieu naturel, arrive à faire quelque chose de beau.

Françoise Dexmier, sur sa démarche et le film

Je suis plasticienne à la base, je ne fonctionne pas comme les autres réalisateurs.

 J’aime bien montrer le côté positif  par exemple d’un pays et des gens parce qu’il y a des choses qui ne vont pas bien partout. Et j’ai envie de montrer qu’il ya des gens qui ont du talent, qu’il ya des choses vraiment positive. Je me focalise sur le positif pour peut être générer d’autres  choses positives et de bons moments comme on a vécu l’autre soir car c’est fait pour apporter du bonheur. C’est dans cet  élan que j’ai rencontré Oumar et j’ai vu qu’il est aussi dans cette démarche de vouloir montrer à la fois là où il est , l’âme des animaux, les natures mortes, il les rend vivantes, en somme il veut montrer qu’en Afrique il y a de belles choses parce qu’ on voit tout le temps qu’en Afrique, il ya des problèmes mais il est temps de montrer que dans ce continent , il y a aussi des gens qui ont du talent alors c’est sur ce côté-là qu’on s’est retrouvé, de montrer l’âme,  l’essence  des choses, le côté simple qui peut apporter un bonheur. En se servant de cette réalité quotidienne on peut aller plus loin du point de vue philosophique pour réfléchir sur le sens de la vie. J’ai un regard macro c'est-à-dire  de proximité, j’aime le regard intérieur et intimiste du coup c’est beaucoup de gros plans sur les choses, sur les gens et j’attends que tout le monte se sente à l’aise. Je ne  cherche pas à violer l’intimité des gens, j’attends à ce  qu’il y ait  l’accord de tout le monde pour aller vers l’autre et dans son acceptation. Et je voulais monter que pendant qu’on était  là tranquillement, Oumar était en train de peindre et moi en train  de chercher la poésie du monde autour, il y a le monde  complètement fou qui continuait d’exister alors pour ne pas déranger ce silence, j’ai décidé de faire comme les bandes de CNN pour pointer du doigt les événements qui se passent en même temps. Pendant qu’on réalisait le film, la guerre au Mali faisait rage alors, il fallait que je dénonce l’Homme qui s’autodétruit car  on pouvait être plus heureux s’il n’y avait pas toute cette folie meurtrière.

Le film est passé au festival « Maghreb si loin si proche » dans le sud de la France et à d’autres endroits  et  presque à chaque fois il y a quelqu’un qui pleure. Moi, ça me surprend parce que les gens disent qu’il n’y a pas dans le film d’événements émotionnels qui devaient nous déclencher ça  mais, c’est parce que ça nous relie quelque part au sacré, le sacré de la simplicité des choses. Ça fait comme une méditation, une longue méditation et pendant un moment on est bien, on est tellement bien qu’il y’en a pour pleurer. Ils découvrent un peintre qui se sert de tout ce qu’il y a autour de lui et  avec trois fois rien il fait des miracles. Le film est passé en France, en Espagne et bientôt au Maroc.  A chaque fois les gens sont touchés et sont  très émus par le talent d’Oumar et par la beauté toute simple du quotidien qui devient sacré et ça leur fait chaud au cœur.

 

Yero Amel NDIAYE (Mauritanie)

 

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