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Arts visuels : Quatorze créateurs au Centre des arts de l’École internationale de Genève

Ils ont tous un lien fort avec la culture occidentale et les deux pieds solidement ancrés dans les traditions esthétiques de leurs pays d’Afrique. Qu’ils viennent du Sénégal ou du Congo, de Tanzanie ou du Togo, du Cameroun, du Rwanda, d’Afrique du Sud, du Soudan ou du Burkina Faso, les quatorze artistes, douze hommes et deux femmes, qui se voient exposés au Centre des arts de l’École internationale illustrent une thématique chère au curateur de la manifestation, Momar Seck: «Ces créateurs vivent en Suisse principalement, en France pour quelques-uns, depuis des années. Leur travail est clairement marqué par la culture helvétique ou occidentale au sens large. Il est intéressant de confronter leurs œuvres avec celles d’artistes restés en Afrique qui subissent eux aussi ces influences, mais différemment.»

Objets du quotidien détournés

Les invités de Momar Seck - artiste d’origine sénégalaise installé depuis 24 ans à Genève où il enseigne la pratique artistique, primé par l’Unesco en 2014 - ont investi les trois étages du Centre des arts. Parmi les dénominateurs communs, relevons le détournement à des fins esthétiques des objets du quotidien: tissus colorés retravaillés sur la toile (Momar Seck); morceaux de jute incrustés dans la composition (le Tanzanien Lutengano Mwakisopile); tentures plastifiées (la Sud-Africaine Evelyn Wilhelm); plaques de zinc (le Camérounais O’Maurice Mboa); barres de métal sculptées à la main par le doyen de l’exposition, le Sénégalais Guibril André Diop, installé dans le foyer. Ou encore toboggan récupéré par Momar Seck sur une place de jeu, peint en doré, renversé et percé de fers à béton portant des barques de ferraille, les unes rouillées, les autres étincelantes. L’œuvre évoque les périls encourus par les migrants en quête d’un Eldorado occidental. À côté, sur une longue feuille, la liste exhaustive des pays du monde. «Je commence toujours mon travail en Afrique, le premier jet créatif doit impérativement survenir là-bas, commente l’artiste et enseignant. Ensuite je ramène tout en Suisse et je peaufine les oeuvres ici.»

«Il y a très peu de visibilité à Genève pour les artistes africains»

Les toiles de Koffi Darrah (Togo) portent indubitablement la marque de Basquiat, alors que celles d’Ahmet Ouatarra (Burkina Faso) sont habitées par les figures de Bacon, et celles d’Ali Shahto (Soudan) par les corridas de Picasso. Au rez, le superbe et rigoureux travail d’Abdoulaye Ndoye joue avec l’écriture arabe; le Sénégalais couvre de pattes de mouche fantaisistes des papiers trempés dans le henné et cloqués de gouttes d’eau comme autant de versets du Coran.

«Il y a très peu de visibilité à Genève pour les artistes africains, constate Momar Seck. C’est dû au marché de l’art. Les galeristes se concentrent sur un ou deux créateurs qui ont une belle notoriété, tous les autres restent dans l’ombre. Il est presque impossible par exemple de voir ici le travail des Soudanais.» Négligence réparée jusqu’au 18 février.

Tribune de Genève

«Notre Afrique, Là-bas et Ici» , Centre des arts, École internationale de Genève, 62, route de Chêne, jusqu’au 18 février, lu-ve de 08h à 18 h 30, sa-di sur rendez-vous au 076 596 05 13, www.centredesarts.ch

 

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