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Djibril Tamsir Niane : Précurseur des études mandingues

A l’occasion de Conakry, capitale mondiale du livre et comme pays invité d’honneur, le Sénégal, Docteur Djibril Diallo Falémé, au nom des autorités culturelles, des écrivains et éditeurs du Sénégal, a rendu un vibrant hommage au célèbre écrivain guinéen Djibril Tamsir Niane, auteur de Soundjata ou l’épopée mandingue et qui a vécu plusieurs années au Sénégal.

Texte du Dr Djibril Diallo Falémé :

Ce qui frappe chez ce Guinéen, c’est son extrême modestie.Son grand nom ne lui monte pas à la tête. Djibril Tamsir Niane, puisque c’est de lui qu’il s’agit est de ces intellectuels  africains de la trempe de Cheikh Anta DIOP, Léopold Sédar Senghor,  Nkwamé Nkrumah qui ont mis notre monde au Monde.

Né un 9 janvier, 1932, ce Professeur d’histoire de formation, avec une ténacité de chercheur de pépite d’or,  a choisi de servir son peuple, j’allais dire ses peuples, ceux du mandingue aujourd’hui éparpillés entre huit républiques des petites indépendances africaines nées  d’une volonté : celle du Blanc, qui dans sa politique de « diviser pour régner » s’attaqua à notre monde.

En 2010,  depuis 50 ans, Djibril Tamsir NIANE avait publié Soundjata ou l’épopée du Mandingue. C’était en 1960. Année-même à laquelle les descendants des enfants de Koumby Saleh et de Niani avaient massivement cassé les chaînes qui nous retenaient dans l’esclavage.

 L’Historien guinéen savait que deux années auparavant, son peuple avait dit NON au Général  le plus craint d’Europe, l’homme le plus célébré d’alors : Charles De Gaulle. Il fallait donc à ce peuple des remparts pour protéger son refus. Mais aussi et surtout, il fallait à l’Afrique tout entière des signes d’espoir.

Djibril Tamsir NIANE fit recours à l’histoire de son peuple, le peuple du Mandé.

Quand un écrivain fait appel à la gloire d’antan de son peuple, trois objectifs majeurs guident ses pas :

  • Ø offrir à la jeunesse des références de valeur ;
  • Ø mettre en garde contre les aventures ;
  • Ø pousser davantage à la grandeur.

Soundiata ou l’épopée du Mandingue, c’est tout cela à la fois.

Si le livre met en scène l’enfance difficile d’un justicier qui se bat pour la grandeur de son peuple, quel lecteur ne frissonnerait pas devant les atrocités du destin s’accumulant au dessus de sa tête ?  Mais aux âmes bien nées, le cœur englobe la taille.

Soundiata sut supporter, Soundiata sut pardonner comme s’il comprenait déjà que la grandeur de l’homme est moins le fait de grandes actions que celui de comprendre  les autres dans leur petitesse.

Cette leçon, Djibril Tamsir NIANE nous l’enseigna et du coup, l’Afrique indépendante pardonna. Cela fait partie des valeurs du monde Mandingue : pardonner sans oublier.

L’Afrique se souvint de ce chapitre du livre : la rencontre de Kouroukan Fouga où la naissance d’un monde. L’Afrique créa l’Organisation de l’Unité Africaine avec en ligne de mire des valeurs décrites par notre auteur comme fondements de la grandeur du peuple mandingue et qui ont noms : sens du dialogue africain, solidarité, tolérance sans lesquelles rien de grand, rien de beau, rien de bon ne peut résister.

Entre autres succès, la création de l’O.U.A  permit de :

  1. consolider la paix intérieure des Etats par l’adoption du principe de « l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation » qui mit plus ou moins  fin aux velléités sécessionnistes et évita des agressions entre Etats ;
  2. soutenir les luttes de libération dans les autres territoires encore sous colonisation, comme ce fut le cas des anciennes colonies portugaises de l’Angola, du Mozambique, de la Guinée Bissau, de Sao Tomé et Principe  et des Iles du Cap Vert auxquelles  viennent s’ajouter la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et la décolonisation en Namibie, en Rhodésie du Nord (Actuel Zimbabwé) ;
  3. inciter à la création de grands ensembles sous-régionaux-premières étapes sur la voie de la création des Etats-Unis d’Afrique- comme la CEDEAO (Afrique de l’Ouest), l’UDEAC (Afrique Centrale), la SADEC (Afrique Australe) et la UMA (Maghreb), qui favorisent le processus d’intégration ;
  4. éteindre les foyers de tensions ; 

5. promouvoir le développement économique de ses membres par la création d’une « voix unique africaine » dans les instances internationales.

Ces chefs d’Etats fondateurs de l’OUA, quelle que fussent leurs options politiques, ont un mérite certain car, outre que chacun d’eux a arraché des mains étrangères la portion de terre qui appartenait à ses pères, ils ont su dépasser leurs antagonismes pour que voie le jour une organisation qui réconcilie l’Afrique entière avec elle-même, sur toute l’étendue de ses 30 000000 de Km2.

C’est donc l’Afrique tout entière qui doit aujourd’hui à Djibril Tamsir NIANE. Nous venons de Dakar pour le dire à Conakry, ville natale de notre héros.

Si aujourd’hui au Sénégal un Club du Mandé a vu le jour, nous le devons à Djibril Tamsir NIANE d’abord, aux intellectuels africains qui se sont rencontrés à Kankan en 1998 pour écouter les griots traditionnistes réciter les 44 articles de ce qu’il est désormais convenu d’appeler « La Charte de Kurukan Fuga » ensuite, et enfin à la volonté inébranlable d’Africains que nous sommes de croire fermement que seule la diffusion des valeurs de cet vaste espace politique peut constituer un levain pour les peuples africains nouvellement indépendants toujours à la recherche d’une identité, la plus forte qui soit, dans la marche vers un avenir tranquille dans un monde où l’homme a sacré le crime.

Il ne me reste plus qu’à prendre l’engagement devant Djibril Tamsir NIANE que nous continuerons son combat sans faillir. Que nous servirons le Mandé, l’Afrique et l’humanité en diffusant les valeurs de l’empire du Mali que sa ténacité à sorties des ténèbres.

Djibril « Tokoram  salah diabi doum wonane : Haa yeso ko lawol !

Je souhaite à mon homonyme le repos paisible du guerrier africain  à l’ombre d’un manguier.

par

Dr Djibril DIALLO Falémé,

Vice-Président Association des Ecrivains du Sénégal chargé des Jury et Réflexions,

Vice-Président Pen/ Sénégal chargé des Programmes,

Secrétaire à la Formation et aux affaires académiques des PEN francophones d’Afrique,

Secrétaire Général du Club du Mandé

 

 

 

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