Menu

Interview avec Josué Guébo

Veuillez-vous présenter à nos lecteurs

Je suis Josué Guébo, écrivain, Président de l’Association des Ecrivains de Côte-d’Ivoire. Enseignant-Chercheur au Département de Philosophie de l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, poète et nouvelliste.

Quels sont les objectifs de l’Association des Ecrivains de Côte-d’Ivoire ?

Notre mission est plurielle : intéresser le maximum de nos concitoyens à la lecture et à l’écriture, susciter des vocations en direction de la plume et servir d’interface entre les écrivains et les différents maillons de la chaîne du livre au plan national et hors de nos frontières.

Quels est le but de votre séjour au Sénégal ?

Je suis au Sénégal pour la célébration de la 21 è édition de la journée de l’Ecrivain Africain. Depuis 1992, comme vous le savez sans doute, la Panafricaine des Ecrivains a choisi la journée du 7 novembre comme date de la célébration des acteurs de la plume en Afrique. Le Sénégal met un point d’honneur à donner à cette fête un cachet spécial. A l’initiative du Président Alioune Badara Bèye, les écrivains des divers horizons du continent rallient le Sénégal pour penser à l’unisson les destinées de l’écriture sur le continent. En Côte-d’Ivoire, nous n’avons pas voulu être en reste d’une telle dynamique. Nos réalités sont généralement de même nature, il importe de les penser de manière solidaire et transversale ; et le symposium de Dakar des 7, 8 et 9 novembre 2013 nous en a donné une parfaite opportunité.

Quels enseignements tirez-vous à cette rencontre de Dakar ?

Je retiens, premièrement, de Dakar que nos voix, unies, ont un écho plus significatif. Il nous faut sortir des postures morcelées et parcellaires qui font de nos réflexions locales de stricts soupirs. Dakar nous offre l’opportunité d’un discours concerté. Venus de la Guinée, du Mali, du Gabon, de la Côte-d’Ivoire, du Ghana et de bien d’autres pays du continent, nous avons l’occasion de penser nos problématiques de manière solidaire et donc de façon plus éclairée. Les résolutions que nous prenons ont une plus grande portée, car investies de l’apport des uns et des autres. Il y a deuxièmement, cette possibilité d’une fortification de nos résolutions. Par exemple, les écrivains que nous sommes, pouvons porter notre voix au niveau des organisations régionales et continentales, seulement si nous savons faire chorus. Les rencontres de la Cedeao et de l’Union Africaine sont à la portée de notre voix si nous savons la faire entendre manière solidaire.

Votre opinion sur la littérature et l’édition en Afrique

La littérature, à mon avis, est en plein essor sur le continent. Partout s’élèvent des plumes de belle facture. Mais je note aussi que les voix les plus sûres de l’Afrique littéraire émergent de la diaspora. Ce n’est pas nécessairement à déplorer. Ce qu’il faut par contre décrier, c’est la faiblesse des maisons d’édition établies en Afrique. Elles manquent généralement des moyens nécessaires à la publication, la diffusion et la distribution des œuvres produites. Je pense qu’il faut de la part des Etats africains, un appui institutionnel fort, en direction du monde de l’édition. Pour moi, plus que la route, c’est le livre qui précède le développement. Pour toute route, il faut un code de la route. Or, ce code est un livre. Il peut être un livre de papier ou livre numérique, mais c’est un livre. Même les ingénieurs qui font la route ont besoin de livres pour apprendre leur métier. Ce n’est pas la route qui précède le développement, c’est le livre. Les Etats africains doivent apporter un soutien ferme à l’édition, s’ils entendent sortir de la précarité.

Quelles missions pour les Ecrivains pour le devenir du continent

Un poète Ivoirien, Bohui DALI, écrivait « C’est mon sang, c’est ton sang poète, que nous offrirons aux affamés ». Sans nécessairement pousser la mission à ses extrêmes sacrificiels, nous pouvons dire que les écrivains ont le devoir d’être regardant sur la sécurité et la liberté du continent. Ils sont les chevaliers de la conscience collective, les gardiens de son éveil, les contre-pouvoirs à toutes les formes d’absolus infantilisants. Pour nous, il appartient aux écrivains de maintenir en éveil le regard des peuples, de proposer, sans l’imposer, un modèle de générosité et de solidarité puisant aux sources d’un humanisme laïc. 

Retour en haut