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Cultures urbaines : Le Slam en pôle position

Même si d’aucuns soutiennent qu’il lui reste encore du chemin en terme d’audience, le slam est en train de franchir le cap au Sénégal. Les jeunes s’intéressent de plus en plus à cette forme d’art oratoire qui combine l’écriture, l’oralité et l’expression scénique apparue aux Etats-Unis. Depuis l’apparition du slam au Sénégal vers 2003 à travers le rappeur Matador dont son premier album de slam intitulé « Xippil Xool » remonte à 2007, des clubs et des Collectifs vont crescendo.

Aujourd’hui, il existe plusieurs slameurs au Sénégal comme Minuss, Kemit entres autres. Ils sont regroupés autour de la Ligue sénégalaise de slam avec à sa tête Omar Bounkhatab Keïta. L’association organise chaque année une compétition nationale dénommée le Grand Slam National et le vainqueur les représente à la Coupe d’Afrique et la Coupe du monde de slam.

Ils articulent, scandent les mots tantôt en wolof tantôt en français, gesticulant par ci par là. Les slameurs ont enflammé la salle du Goethe Institut de Dakar ce samedi à l’occasion de la Finale du Grand Slam National remporté par Al Faruq de Ziguinchor. Elle a vu la participation de slameurs venus de toutes les régions du pays. Chaque année, la Ligue sénégalaise de slam organise une compétition nationale et le vainqueur les représente à la Coupe d’Afrique et à la Coupe du monde de slam. C’est pour ainsi dire que cet art oratoire attire de plus en plus les jeunes au Sénégal même s’il est encore « méconnu » du grand public. Jadis pratiqué dans des espaces limités, le slam est maintenant déclamé dans les espaces publiques. « Le slam a beaucoup évolué au Sénégal parce qu’à l’époque quand je parlais du slam, les gens pensaient que je parlais de Salam Diallo », a fait savoir Matador, un des précurseurs du slam au Sénégal. Mieux, dit le président de la structure Africulturban, « il y’a beaucoup de slameurs aujourd’hui à Dakar et dans les régions et il y’a une compétition nationale qui est organisée ». Sur ce, il cite le Collectif Vendredi Slam, le club Carrefours poétiques pour montrer l’éclosion des jeunes dans cette forme artistique. Aussi, dit-il que les slameurs voyagent beaucoup pour monnayer leur talent même si le «slam n’est pas connu au même niveau que le rap».

«Le slam est en train de se structurer»

Le Professeur Massamba Guèye non moins conseiller culturel auprès du Président de la République embouche la même trompette quant à l’évolution du slam au Sénégal. « Le slam était un art solitaire qui est aujourd’hui en train d’être reconnu comme un art de la scène totale. C’était un art mineur, un pan du hip hop qui est en train de se structurer avec des acteurs qui sont reconnus au niveau national et international ». Poursuivant son propos, il indique que le « slam est en train de ne plus être un art pour les enfants de la ville mais un art d’acteurs majeurs ». Il donne comme exemple, la programmation du slam au Grand Prix du Président de la République pour les Arts et les Lettres. Ce que le président de la Ligue sénégalaise du slam, Omar Bounkhatab Keïta confirme. « Pour la première fois en 2017, le slam a eu à participer au Grand Prix du Président de la République, juste pour dire que le slam est vivant  au Sénégal », s’enthousiasme-t-il.

A l’en croire, le slam est en train de faire son bonhomme de chemin dans notre pays à travers les « nombreux » clubs qui existent et les écoles avec surtout les clubs de littérature et d’anglais. En effet, comme toutes les nouvelles formes artistiques, il faut du temps pour que le slam puisse atteindre le summum. C’est la conviction du slameur, Kemit. Il est d’avis que, « le rap avant d’être ce qu’il est aujourd’hui,  a passé beaucoup de temps à se chercher, à se frayer un chemin, à chercher des gens qui devaient le porter. Le slam, il n’est pas encore très connu mais, il est en train de s’émanciper à travers les œuvres qu’on produit, les concerts, les festivals, tout ce qu’on fait pour valoriser le slam». Concernant le côté pécuniaire du slam quand on sait qu’on dit souvent qu’au Sénégal, « l’art ne nourrit pas son homme », Omar Bounkhatab Keïta répond : «on ne se plaint pas, on est bien payé contrairement au rap, il y’a des slameurs qui s’en sortent bien ». Avec des productions musicales, des recueils de poèmes des slameurs comme Jabir, Ceptik, Minuss qui existent, la Ligue sénégalaise de slam est déterminée à amener le slam le plus loin possible.

«Il reste à faire que le slam soit aussi connu que le rap»

Parmi les problèmes qui touchent le slam au Sénégal, Matador évoque des difficultés techniques et de compréhensions mais aussi un manque de scènes de slam et d’ateliers de formations. « La majeure partie des slameurs a un problème d’imposer leurs propres styles de slam au Sénégal. On ne peut pas faire du slam comme les français, les américains ou les anglais, il y’en a qui ne comprennent pas c’est quoi le slam », déclare-t-il. Dans la foulée, il ajoute « qu’il y’a des jeunes qui se sont lancés dans le slam sans même connaitre ce qu’il est ». « Des gens se jettent dans le slam parce qu’ils ont entendu Abdel Malick, Grand Corps Malade alors qu’avec le slam, il y’a des techniques à développer. C’est comme n’importe quelle forme artistique, tu dois connaitre les techniques, les règles, les bases pour pouvoir bien le faire. Après l’écriture, il y’a du travail derrière, il n’y a pas de secret », soutient Matador. Toutefois, il reste convaincu qu’il y’a des slameurs qui s’organisent et qui le font de la plus belle des manières. « Il reste à faire que le slam soit connu comme le rap, comme les autres musiques à un niveau plus grand », dit-il. Pour y arriver, voilà la recommandation de Matador : «S’ils  font du slam pour des gens qui sont dans un niveau plus ou moins intellectuel et autre, ça va rester dans ce niveau-là mais s’ils font du slam pour le grand public, ça va aller».

«Le slam a un avenir prometteur parce que les jeunes sont en train d’investir les langues nationales. Avant, ils slamaient pour ressembler à Grand Corps Malade ou un autre, aujourd’hui, ils ont des textes spécifiques liés à l’oralité africaine. Mais, il a intérêt aussi à s’installer en dehors des zones urbaines », a déclaré Pr. Massamba Guèye. Il faut noter que le trophée du vainqueur du Grand Slam national sera remis à l’occasion de la Journée internationale du slam le 29 avril prochain à la Maison des cultures urbaines à Ouakam.

 Sud Quotidien

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