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Kenya : Pamoja, quand la danse se joue du handicap

La compagnie Pamoja lève toutes les barrières entre valides et non valides pour que tous ensemble dansent sur les planches.

 

Les trois coups de bâtons résonnent puis des bruits de béquilles accompagnent l’entrée en scène des artistes.

Bien loin de ressembler à des ballerines, les carrures des danseurs diffèrent. Certains sont de petite taille, d’autre sautillent sur une seule jambe et les derniers glissent au sol mais tous forment Pamoja, une troupe de danse contemporaine venue du Kenya.

Pamoja signifie «ensemble» en langue kiswahili. Dans la capitale, Nairobi, les corps handicapés et valides fusionnent ensemble sur une même scène «pour ne faire plus qu’un» explique Joseph, le chorégraphe.

Tous ensemble sur les planches

Tout a commencé au théâtre national où Pamoja est née d’un besoin: «les personnes handicapées voulaient danser», explique Joseph. Ce dernier se prend de passion pour la troupe fondée en 2005, il en devient alors chorégraphe.

«A peine nées, les personnes à mobilité réduite kenyanes sont catégorisées, elles sont considérées comme invalides. Une fois à l’école elles sont décrétées handicapées, pour des raisons politiques elles deviennent des personnes avec un challenge physique» alorsau sein de Pamoja, elles sont avant tout des danseurs.

Les barrières sont nombreuses dans le pays pour être accepté en tant que personne handicapée alors devenir danseur n’en est que plus complexe. «Ces dernières sont déjà bien trop souvent ostracisées alors pourquoi les mettre de coté?» s’interroge Joseph.

En mélangeant les danseurs, quelle que soit leur condition physique, Pamoja a fait le choix de la mixité. Pour éviter aux athlètes handicapés d’être une fois de plus oubliés et simplement «pour l’intégration».

Les bienfaits de la danse

«Pamoja n’est pas une association pour personnes à mobilité réduite, c’est un groupe d’artiste!» lance le chorégraphe. Le leitmotiv est clair, ses membres sont des danseurs pour certains atteints d’un handicap et non des handicapés devenus danseurs à cause de leur invalidité.

«Tu es un danseur, c’est la raison principale pour laquelle tu fais parti de Pamoja» répète Joseph, comme un cri de guerre réconfortant.

Les bienfaits de la danse sont indéniables et les artistes handicapés comme métamorphosés. Ces derniers gagnent en indépendance, en confiance, «ils sont plus conscients de leurs corps, de leurs forces et de leurs faiblesses» explique Joseph. Ils ne se rendaient souvent pas compte de leurs capacités et «du fait que des béquilles puissent servir à autre chose qu’à avancer».

Les corps sont complémentaires et le mélange des genres permet de tout faire, «nous travaillons tellement bien tous ensemble» reconnait Joseph fier du fait qu’un œil l’extérieur remarque toujours cette «fusion» entre les danseurs.

Corps valides et invalides sur les mêmes planches

«Même si les corps handicapés ont leurs limites les possibilités restent immenses» constate Joseph. «Je trouve leurs mouvements plus intéressants» et quelle meilleure source d’inspiration pour un chorégraphe que des pas inattendus? Les corps singuliers entraînent ceux des autres membres qui reconnaissent avoir beaucoup à apprendre de leurs confrères. Très créatifs «ces derniers ne se plaignent jamais et ils ne se font pas mal car ils connaissent bien trop leurs corps». Ils savent mieux que quiconque tomber alors une chute n’est pas une erreur, elle devient un mouvement, «j’essaye d’en faire un instant positif» explique un danseur.

Les pas parfois étranges d’un corps handicapé deviennent des figures à part entière, «un spectacle dans un spectacle». Au sein de Pamoja chacun s’adapte à l’autre et les corps valides limitent parfois leurs figures au sol pour laisser la place aux danseurs capables d’évoluer sur les planches. Chacun à ses qualités et «les mains de ceux atteints de polio sont d’une force sans équivalent!» s’amuse Joseph, impressionné par des postures qu’il serait bien incapable de tenir. Le public s’interroge souvent sur les difficultés à faire évoluer des gens si différents sur une même scène, Joseph répond alors que les soucis sont toujours «causés par la taille de la troupe plus que par les différents handicaps!».

Histoires de vie et du Kenya

Les spectacles de Pamoja sont avant tout des histoires humaines. Les échanges entre les danseurs et le chorégraphe sont constants, alors les idées ne manquent pas. La troupe s’inspire du parcours des danseurs, des récits de leurs vies, comme pour montrer au public «d’où nous venons et ce que nous sommes devenus». Le spectacle «Ville de béton» illustre ainsi le quotidien des personnes à mobilité réduite dans la capitale tentaculaire kenyane. Pour le spectacle «Trois Phases», la troupe a scénarisé la vie de Dalmas, l’un des danseurs handicapé à l’âge de 4 ans à la suite d'un accident de la route et devenu champion de natation. Inventive, Pamoja se veut aussi très créative et chaque création différente, toujours novatrice, «nous voulons révolutionner la danse et nous le ferons» affirme Joseph.

Pamoja n'est pas le seul groupe de danse africaine à intégrer des danseurs handicapés dans ses rangs. Des projets similaires ont vu le jour au Ghana, en Ethiopie et en Afrique du Sud. Au Kenya, pays d’une vitalité frappante, les troupes mixtes sont nombreuses. Le nombre d’équipes de sport paralympique révèle le dynamisme des sportifs à mobilité réduite. «Nous sommes très expressifs et nous voulons toujours faire quelque chose » reconnaît Joseph.

Acrobate professionnel, John appartenait à une troupe composée d’artistes uniquement valides avant de rejoindre Pamoja. «J’étais le seul handicapé mais tout le monde a bien réagi à ma présence» explique t-il. Ses confrères se sont adaptés à ses capacités et John a fait de sa jambe paralysée un atout. Doté d’un corps léger et maniable il était «toujours celui en haut de la pyramide acrobatique, un peu comme l’étoile sur le sommet!» explique t-il fièrement.

Eugénie Baccot

 

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