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L’écrivain Moustapha Ndéné Ndiaye honoré par sa ville

L’évènement est passé presque inaperçu en raison de la campagne électorale écrasante. Après une première cérémonie de dédicaces de son nouveau livre à la Chambre de Commerce de Dakar, le romancier thièsssois, Moustapha Ndéné Ndiaye, a été grandement honoré par ses camarades d’école. C’était à l’occasion d’une cérémonie émouvante tenue aux Résidences Lat Dior le mercredi 26 juillet en présence d’amis, de parents, d’hommes de culture et politiques mais aussi de nombreux anciens élèves du collège Mamadou Diaw, ex Château d’Eau, regroupés dans une association. En présentant son nouveau livre Un Indigène à Gorée, paru à Fama éditions, l’auteur a reçu le trophée du « Marcheur de la Nuit » de ses anciens camarades, fiers de ce que « cet enfant terrible de l’école » est devenu. 
Pour Ndèye Rokhaya Bathily dite Kia, cadre à l’Asecna, venue de Dakar avec une forte délégation et qui parlait au nom du président, « Moustapha représente une lumière qu’il distille brillamment à ceux qui ont le privilège de l’approcher. C’est toujours difficile d’être à son niveau. C’est une chance d’échanger avec lui pour très vite revenir à notre platitude. » « C’est un grand écrivain », souligne celle qui, par hasard, a partagé aussi avec l’auteur le lycée Maurice Delafosse de Dakar au milieu des années 80. 
Aissatou Kassé dite Tantie, membre du bureau et inspectrice de l’enseignement,  de renchérir  avec cette belle image de la tapisserie multicolore d’une génération d’élèves dont Moustapha est unes des « couleurs les plus fluorescentes », malgré le parcours chaotique de cet élève turbulent et épris de liberté, de justice que les autorités ont dû renvoyer dès la classe de quatrième, pour des raisons qui ne sont pas toujours pédagogiques. Car, comme le souligne l’auteur lui même, parce qu’il avait créé un « mouvement d’abolition de l’enseignement du latin », entrainant de nombreux camarades et l’ire du directeur de l’époque, feu Mamadou Diaw. Bien lui en avait pris car il se retrouva très vite au lycée Delafosse de Dakar avec la réputation d’élève sage qui recevait chaque fin d’année le prix d’excellence de sa classe. En classe de seconde, il obtiendra la meilleure moyenne de ce grand lycée. Ironiquement, l’étude du latin qu’il avait combattue lui  sera pourtant très profitable dans sa carrière d’écrivain. 
L’honneur de présenter ce bel ouvrage de plus de 400 pages, dont ce n’est que le premier tome, sous titré « La chute des dieux », est revenu au grand écrivain Marouba Fall qui a dit parler d’un frère mais aussi d’un homme avec qui  il a « beaucoup d’atomes crochus », particulièrement la fougue, l’audace et le courage de dire ce qu’il croît en tout endroit. 
Pour Marouba Fall, ce livre est très important par son aspect documentaire fouillé et précis. Les plus grands historiens ne diraient pas mieux mais cela reste un roman, « une fiction », qui n’est pas sans évoquer Nini, la Mulâtresse d’Abdoulaye Sadji ou Un Nègre à Paris de Bernard Dadié. Mais l’auteur de la Collégienne saluera le style de l’auteur en phase avec la modernité. « Le style est aussi conforme à son tempérament », soulignera enfin Marouba Fall. 
A la suite de la remise du trophée, motivée aussi par toutes les actions que l’auteur mène, notamment le Salon International du Livre de Thiès , Moustapha Ndéné Ndiaye dira toute son émotion d’être ainsi porté au pinacle par ses anciens camarades devant le peuple de Thiès. Il rappellera que « mon choix de ne faire que des romans historiques répond au fait que les grandes nations sont portées par leur histoire. La nôtre n’est pas déshonorante, contrairement au rôle que veulent nous assigner les autres qui avaient été nos vainqueurs et qui nous racontent le monde. Ma littérature est un discours contre un autre discours. «  «  L’Afrique doit être portée par son histoire dans laquelle elle peut trouver un ciment pour son unité et un levier pour son développement. Les risques qui pèsent sur le continent sont d’autant plus nombreux que ses richesses sont de plus en plus avérées… Aussi, il faut participer à déconstruire l’imaginaire du système colonial qui reste prégnant » a-t-il déclamé dans son discours au ton lyrique. 
El Malick Seck, ami de toujours de l’écrivain, dira en conclusion que « Ndéné mérite tous ces honneurs, de par son talent et la beauté de ce livre que je lis avec délectation. Parce qu’aussi c’est un intellectuel libre, désintéressé et capable de travailler pour les autres sans salaire. C’est un homme de conviction que je connais depuis 1992. Il faisait déjà partie des rares personnes qui gardaient une bibliothèque personnelle. Il a sacrifié beaucoup de choses pour le développement culturel de Thiès ». 
Aussi de nombreux autres orateurs se sont succédés tantôt pour magnifier les qualités humaines de l’auteur, tantôt pour faire l’éloge de ce livre qui, après son premier 68, Neige sur Dakar marque la préférence de cet écrivain pour le roman historique. 
Après Baye Gana kébé, Moustapha Ndéné Ndiaye, par ailleurs membre du Conseil d’Administration  de la Sodav,  est devenu une icône de la capitale du rail et marque une forte présence sur la scène littéraire sénégalaise. Pour le surplus, il faisait des invités du dernier salon du Livre Paris, la plus grande rencontre du livre francophone. Ses livres bénéficient d’une bonne diffusion en France par le canal de la structure Bookwitty. Le pari de cet auteur, par ailleurs directeur de Fama éditions, est de diffuser en France des livres édités en Afrique. 

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