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Publication : Les notes de Marième Pollèle Ndiaye sur la « Cavalière de Malado Ka.

 Présentation générale du recueil « La Cavalière »

Le recueil s’ouvre sur une émouvante dédicace. La Cavalière est un recueil de 40 poèmes, ce qui fait de Malado une auteure très prolifique pour son jeune âge.A la première lecture, on a l’impression que ces vers traduisent le vécu de Mlle Ka mais en échangeant avec elle, elle m’a avoué qu’il s’agissait d’un travail de création, dont 50% de fiction. Ce qui est tout à fait remarquable car en tant que lectrice, il n’est pas toujours évident d’identifieroù s’arrête la réalité et où débute la fiction dans ces écrits.

Avec une imagination débordante, Malado nous fait entrer dans ununivers singulier. Elle nous fait part de doutes, de souffrance, de rêves, d’amours, de révoltes.Mlle Ka a une grande sensibilité dans l’écriture, l’on ressent l’émotion dans ses écrits. En tant que lectrice, j’ai eu l’impression d’être sa confidente et d’être pris à témoin.  A chaque fois qu’elle évoque des situations, des tranches de vie, elle se met en représentation et embrasse le rôleapproprié :tantôt celui de l’amoureuse passionnée, tantôt celui de la révoltée. Ce qui d’ailleurs participe à renforcer le flou entre ce qui vrai et ce qui est imaginé dans ce recueil.

Le résultat est bluffant, c’est beau, juste et lucide car Malado se révèle être une observatrice sans pair de son environnement et de ses semblables. Sa poésie vacille entre une pensée contemplative et une pensée réelle, elle vacille entre l’extase et le retour à la condition humaine. Ce recueil est empreint du sentiment de l’éphémère, de l’absurde, de la complexitédes relations humaines. Pourtant,malgré ce portrait peu reluisant, il reflète un optimisme rafraîchissant.

Par ailleurs, l’on ressent en lisant l’œuvre, une évolution dans l’écriture car les textes gagnent en maturité et semblent avoir été écrits à différents moments de sa vie. La lecture du poème intitulé « Les mots » renforce cette impression et permet de se rendre compte que Mlle Ka a commencé à écrire très jeune. En effet, l’on s’aperçoit qu’elle était encore au lycée au moment de sa rédaction avec une première phrase qui sert de repèretemporel.  Je cite : « Même à deux semaines du bac, je ne puis m’empêcherd’écrire » (p.37).

Les thématiques

Nombreux sujetssont abordés, j’en citerai quelques-uns tels que « l’ amour maternelle » avec « Pour toi darling » dédié à sa mère (p.19-20) ; en passant par « le deuil », la perte d’un proche avec « Un ange sur terre » (p.45) ;« la passion amoureuse » avec des déclarations enflammées comme dans « Mots du cœur » (p.60) ; la « déception amoureuse » avec « Illusions éplorées » (p.66), « la quête de soi » avec le poème « Je suis de celles » (p.24-25) qui est un hymne à l’audace ; « l’amitié » avec « Très chère amie »où elle console une amie chagrinée, (p.31) ; « le cynisme » avec « Mille façades », où elle dénonce les faux semblants dans les rapports humains.

Le style

Les poèmes ne sont pas écrits dans un style monotone, l’un des premiers constats consiste à reconnaître la forte implication émotionnelle de l’auteure, la volonté d’être plus près du lecteur. Une démarche fidèle à la pensée de Maladoqui disait dans l’avant-propos qu’elle écrivait pour tout le monde afin que chacun puisse s’approprier ces vers.

  • Registre de langue

En observant le vocabulaire utilisé, la syntaxe des phrases, le respect des règles de bon usage, nous « flottons » parfois dans le langage familier, parexemple dans « Et que ma voix porte ! », (p.33-34) :« J’ai toqué à ta porte » ;  ou encore l’on constatel’usaged’anglicisme dans « Pour toi Darling ». Dans le même poème, le style familier est fort présent par exemple : « Maman, doux mot qui sonne comme une symphonie »(p.19-20).L’emploi du familier ancre l’œuvre plus près de la réalité, du quotidien.

Par d’autres moments, c’est un langage soutenu qui est à l’honneur, par exemple dans« Amour fugace » (p.56-57) :« Dans mon corps ankylosé », « une page saumâtre se tourne », « De son regard hardi, Meurtrie, je me détourne ».Ici, les mots ont été choisis avec précision pour traduire fidèlement, de manière juste la sensation du moment.

  • Les procédés narratifs

Nous sommes face à un sujet acteur. En effet,la majorité des vers sontécritsà la première personnedu singulier avec un « Je » prédominant. Ce qui montre que Mlle Ka est très à l’aise avec ce procédé, même si par moments, on repère l’usage de la première personne du pluriel ou de la troisième personne du singulier. Par ailleurs, étant donné de l’aveu même de l’auteur,qu’il y a une forte part de fiction dans ces écrits, même dans le cas de l’emploi du « Je », l’on ignore si c’est elle qui parle ou si elle fait de la ventriloquie.  Entre parenthèses, le ventriloque est un illusionniste qui prête la parole à une marionnette en émettant des paroles sans bouger des lèvres.

Il s’agit de dire ici, que Mlle Ka peut faire de la projection en mettant en prose  l’histoire d’un proche ou en maquillant la vérité par la fiction.

 

Les figures de style

Les deux grandes figures de la poésie sont convoquées : la répétition et les images. Pour la répétition, nous avons l’anaphore  avec « J’irai » (p.58) – lecture du premier strophe-. On remarque également ici que tous les vers sont des alexandrins.

Il y a aussi des assonances, prenons exemple de « La Cavalière », (premier strophe). Des allitérations avec « Les mots » (p.37), une allitération en « m », « Les mots me charment et m’éblouissent, je les vois partout/ Ils m’apparaissent de la cime des arbres, et de zèle me font frémir ». Il s’agit d’un son mélodieux qui met en relief la passion de l’auteure pour les mots.

La seconde figure de style, les images, permet d’éveiller l’imaginaire. Nous avons repéré l’emploi de la comparaison dans« Le papillon » où l’être aimé est comparé au papillon.

On a aussi deux sonnets avec « Souvenirs » (p.30) et  « L’enfant » (p.62).

Dans d’autres poèmes comme « Paix en Casamance », on a12/14 (strophe 1 : alexandrins, strophe 2 : 14 mesures, strophe 3 : alexandrins, strophe 4 : 15/13, strophe 5 : alexandrins) avec l'emploie de diérèses et synérèses.

De manière large, on est dans la poésie lyrique avec une exacerbation de la sensibilité. Avec les écrits de Malado, on est dans l’élégie. L’élégie, sous-genre de la poésie lyrique, est d’inspiration sentimentale généralement amoureuse ou mélancolique.

Conclusion

J’ai eu grand plaisir à parcourir les lignes, à me laisser guider par Mlle Ka tout au long du recueil. Je rappelle que c’est un travail de création, un mélange de réalité et de fiction. C’est un travail très sérieux comme le montre le respect des règles stylistiques de la poésie. Ce ne fut qu’une présentation sommaire de l’œuvre que je conseille à tous les amoureux de la poésie qui ont enviede découvrir une Cavalière.

Mme Marième Pollèle NDIAYE, Enseignante-chercheuse à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis (Sénégal)

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