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Publication : Diégane Sène revisite l’histoire de la presse sénégalaise

« Histoire de la presse sénégalaise : des origines à la seconde guerre mondiale (1856-1945) » est l’intitulé de l’ouvrage (Tome I en deux volumes) de l’enseignant d’Histoire des médias et de la communication, Diégane Sène, paru aux éditions l’Harmattan. Il y entreprend une recherche historique qui fournit un monceau d’informations sur l’évolution de la presse sénégalaise.

La plupart des questions aujourd’hui abordées sur la situation de la presse sénégalaise trouve un début de réponse dans son histoire. Présente au Sénégal depuis 1856, avec la création par l’autorité coloniale des périodiques « Bulletin administratif du Sénégal et le « Moniteur du Sénégal et Dépendances », elle a été soumise à des mutations étroitement liées au cheminement politique du Sénégal, berceau de la presse africaine de langue française. Diégane Sène en offre, dans ce sens, un monceau d’informations, de ses origines à la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Les premières publications institutionnelles ont porté la voix de leurs concepteurs coloniaux. Ensuite, la presse d’opinion, apparue en 1886 avec la création du « Petit Sénégalais » et du « Réveil du Sénégal », n’en a pas fait moins au profit des groupes qui en étaient les promoteurs. Elle a été, de manière éphémère certes, une véritable courroie de transmission en s’érigeant en défenseur des intérêts de Devès et de Crespin. Le ton acerbe employé par ses deux journaux est pour beaucoup dans leur disparition malgré la loi du 29 juillet 1881.

 De celle-ci, l’enseignant au Centre d’études des sciences et techniques de l’information (Cesti) en dit ceci : « On est surpris, vu le retentissement de cette loi, lorsqu’on se rend compte qu’il n’y est pas question de journalistes ! La presse oui, mais quant à ceux qui la font, ils peuvent encore attendre, en 1881, une reconnaissance qui n’est pas encore à l’ordre du jour ». Une analogie assez saisissante avec le présent même si les faits s’expriment avec des données nouvelles.

Les journaux, aussi bien de la deuxième partie du dix-neuvième siècle que ceux du début du vingtième siècle étaient sous le parrainage de certaines coteries. Ils portaient le combat des principaux protagonistes. Diégane Sène « peint » un tableau bien représentatif de l’évolution loin d’être linéaire de la presse sénégalaise : « Les journaux sont apparus tôt au Sénégal, avant même les débuts de la conquête coloniale et par conséquent la stabilisation des frontières extérieures du pays. Mais, par leur nature même et leur objet, ces journaux étaient loin de constituer une presse sénégalaise dont l’existence est un fait beaucoup plus récent. C’est en effet à partir de 1913 que l’on assiste à la naissance de la presse avec l’arrivée et la coexistence durable et continue de plusieurs titres, un lectorat moins cloisonné, une diversité des contenus, un début de professionnalisation, toutes situations indispensables à la définition de la presse ».

Et, il énumère quelques circonstances qui ont favorisé son élargissement : élection législative de 1914, Première Guerre mondiale et, par la suite, luttes politiques… Ce qui expliquerait, à ses yeux, que les premiers journaux fussent essentiellement politiques, passée la parenthèse 1914-1918 qui était déjà celle de toutes les innovations, des bases pour leur future maturité.

Cette tendance, selon lui, allait se renforcer avec la création du premier grand quotidien, « Paris-Dakar » en 1937 ainsi que de l’Afp en 1944. Celle-ci, mieux dotée que la branche information de Havas et les embryons d’agences de la période de la Seconde Guerre mondiale qu’elle remplace, allait contribuer au grossissement du volume des journaux jusque-là réduits à deux ou quelques pages. Après la main de fer du gouverneur général Pierre Boisson, entre juillet-août 1940 et avril-mai 1943, débute une période de plus grande pluralité des médias qu’était déjà venue enrichir, dès avant la guerre, en 1939, la radiodiffusion.

Renouveler une problématique


M. Sène aborde plusieurs sujets ayant trait à la presse en prenant en compte les différents contextes qui expliquent l’existence de plusieurs catégories de journaux allant de ceux d’information aux publications associatives, confessionnelles, économiques, corporatistes, syndicales et beaucoup d’aspects qui touchent à la profession de journalistes…

Le traitement que la presse -parce qu’elle ne peut évoluer en marge de son contexte- a réservé à certains événements importants ayant trait à la vie nationale et à l’actualité internationale témoigne aussi de la qualité exceptionnelle de ce travail de recherche.

Le Professeur Iba Der Thiam en dit ceci dans la préface : « Le Dr. Diégane Sène a réussi avec bonheur le tour de force admirable d’avoir renouvelé complètement la problématique de la presse au Sénégal après les travaux pionniers. Il a conçu une approche de la question qui a mis en lumière des thématiques nouvelles sur lesquelles ses prédécesseurs étaient passés, faute de temps certainement, sans leur donner tout l’intérêt qu’elles méritent. Il a, en plus, enrichi l’histoire politique de la période en révélant des aspects jusque-là inexploités… »

 

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