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LIVRE : QUI EST CEERNO SILEYMAANI BAAL ?

Le paysage littéraire s’est enrichi d’un nouvel ouvrage intitulé ''Ceerno Sileymaani Baal, Fondateur de l'Almaamiyat (1776-1890)". L’érudit musulman est présenté comme l’un des premiers à théoriser et mettre en œuvre la bonne gouvernance au Sénégal au 18 ème siècle. Le livre écrit par l'universitaire sénégalais Mamadou Youry Sall est édité par les Presses universitaires de Dakar (PUD). Pour Monsieur Youry Sall, l’ouvrage vise à faire connaître aux jeunes les écrits de cette figure historique à l'origine de la Révolution tooroodo. Celle-ci consistait en un mouvement de réforme islamique qui consacra la création d'un État théocratique fondé sur un idéal de justice.


Selon l'auteur, Ceerno Sileymani Baal fut un érudit et un homme d'Etat qui "a mis en œuvre ce qu'il a théorisé (...), il a crée une forme d'Etat qui n'existait pas avant, ni en Europe, ni en Occident", dont les citoyens votaient et avaient un ''droit de regard sur tout".

"On parle beaucoup de Tombouctou (Mali)'' du point de vue surtout de la production, en raison d'une "forte concentration de manuscrits", "mais dans la sous région du Fouta Toro et du Fouta Djallon (…), la concentration des hommes de savoir était beaucoup plus forte et c'est ce qui a fait rayonner le Fouta", a déclaré Mamadou Youry Sall, chercheur et mathématicien de formation. C’était au cours de la cérémonie de dédicace du jeudi 15 janvier 2015. Il rappelle que Ceerno Sileymaani Baal avait libéré le Fouta de la domination des maures et de l'esclavage en partant des principes démocratiques et de bonne gouvernance. Les écrits de Ceerno Sileymaani Baal sont en langue pulaar mais en caractère arabe, preuve que la société africaine n'est pas seulement qu'une société orale, signale l'auteur.  "Nous avons écrit comme les autres, il faut savoir que nous avons emprunté les caractères dits arabes pour écrire nos langues, pulaar, soninké et wolof depuis le 15ème siècle et c'est au même moment que les Français ont emprunté les caractères latins pour écrire leur langue", a-t-il soutenu avant d’insister sur la "rupture" intervenue dans la chaîne de production et de transmission du savoir dans le système éducatif sénégalais.

"La première écriture que nous avions, était en caractère arabe. Il est vrai que c'est de bonne guerre, la colonisation l'a combattue en la transformant en caractère latin. Nos langues sont écartées, ceux qui accédaient aux caractères arabes sont largués, donc cette rupture a fait que notre système éducatif prépare les gens à accéder aux documents en caractère latin", a-t-il relevé.

D'après le chercheur, "les autres documents qui conservent notre production avant la colonisation et même pendant la colonisation ne sont pas bien étudiés parce que ceux qui sont des produits du système éducatif actuel n'ont pas assez d'outils pour y accéder''.

"On parle de la révolution de 1789 ou de celle des Etats-Unis, mais on ne parle pas de notre révolution, car les documents qui parlent de cela ont été écrits en caractère arabe. Donc, on a un peu biaisé notre formation en nous privant des moyens qui nous permettent d'accéder à notre production historique", a-t-il fait valoir.

Pour Mamadou Youry Sall, "le seul moyen de se rattraper, c'est faire en sorte que la langue arabe soit apprise au département d'histoire, en même temps que les caractères latins. Cela pourrait permettre d'outiller la nouvelle génération d'historiens" en leur permettant d'accéder à toutes les sources de l'histoire du Sénégal, affirme-t-il.

Demba DIOP (avec Aps)

 

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