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Décès de Macodou Mbengue : Adieu l’artiste

Le comédien et metteur en scène Macodou Mbengue est décédé le dimanche 15 juin 25014. Ce talent du quatrième art a participé à la formation de jeunes du théâtre sénégalais à travers les ateliers du Fest’art. Acteur culturel et metteur en scène, Macodou Mbengue, directeur artistique de la Compagnie Les Gueules Tapées et initiateur du Festival international de théâtre de la paix, Macodou a marqué de son empreinte la jeune scène sénégalaise et africaine. En quittant Rufisque, sa banlieue natale, il ne savait pas qu’il avait rendez-vous avec la mort. Atteint d’un malaise et transféré à l’hôpital, le comédien, un asthmatique, n’a pas pu résister à la crise.

Les Rufisquois n’en reviennent pas du tout. Pour ses pairs comédiens, c’est une énorme perte pour le monde de la culture. «Macodou est certes connu dans le monde du théâtre. Mais nous lui vouons un respect énorme dans le 7e art. L’homme dirige tous nos castings et est un conseillé. N’oubliez pas qu’il a joué également dans des films», dit le cinéaste Moussa Touré très affecté par le décès du comédien. D'abord au lycée Abdoulaye Sadji, puis dans son association de quartier Diokoul, où il fut remarqué et intégré à l’atelier du théâtre expérimental de Rufisque, une troupe semi professionnelle. «Il y incarne différents personnages dont une adaptation de L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane, de L’étrange Destin de Wangrin de Amadou Hampathé Bâ, de L’enfant de Sowéto de Zounga Bolo, d’Adja la militante de Marouba Fall, de La Confession de Ibrahima Sall, du Malentendu de Camus», explique son ami et frère de planche. Invité avec l'atelier à représenter le Sénégal au 1er Festival International de théâtre scolaire et universitaire de la Francophonie à Bouaké, Macodou Mbengue fut découvert par un professeur d'art dramatique qui conduisait la délégation. Macodou sera inscrit un an plus tard au Conservatoire national où il visite le répertoire classique français et africain, dans des personnages variés et assiste ses professeurs dans plusieurs mises en scène au sein de l'établissement.

Une vie professionnelle bien remplie. Débute alors l'aventure avec la Compagnie Les Gueules Tapées formées en 1995 sous la direction du metteur en scène, coopérant belge, Philipe Laurent. Macodou Mbengue participe à toutes les créations des Gueules Tapées : Les sketchs de Karl Valentin La Rentrée sans retour ou le retour sans rentrées ; Apocalypse Waaw ; Yaabooy ; Rien n'est plus comme avant depuis que Tintin n'est plus ; Ah ! Fric ! Ah ! C'est chic. Ibrahima Mbaye Sopé, comédien rufisquois, fait savoir qu’après le départ de Philippe Laurent, Macodou fait montre de son expérience accumulée au cours des stages avec Françoise Bloch et Holindo Bolsan. Il travaillera aussi avec Bruno Bulte pour l’improvisation, avec le Béninois Alougbine Dine pour le stage «le rire noir» et pour le renforcement des capacités des metteurs en scène en Afrique dans le cadre du Masa. Sa première expérience de mise en scène avec les Gueules Tapées fut un succès total. Il remporta avec la pièce La terre Com…promise le grand prix du Festival du théâtre de la Fraternité du Togo en 2001 et le Prix du Meilleur comédien. Depuis, il a participé au Festival Africalia en Belgique, au Fitmo de Ouagadougou, au Jouthec à Pointe Noire au Congo, aux Journées théâtrales de Carthage en Tunisie et bien d'autres rencontres en Afrique et au Sénégal. Macodou Mbengue est l’initiateur et directeur du Festival International du «Théâtre Pour la Paix » (Fest'art) créé en 2001. Il met son expertise d'administrateur au service du théâtre en créant le seul évènement majeur de théâtre professionnel au Sénégal. Fort de trois éditions réussies, il organise une rencontre des opérateurs culturels africains pour une meilleure optimisation de la circulation des artistes et des œuvres théâtrales en décembre 2006 à Bamako.

Le devenir du théâtre au Sénégal et en Afrique le préoccupait. Il était l’un des initiateurs de la journée de réflexion organisée le 26 mars dernier, veille de la célébration de la journée mondiale du théâtre le 27 mars, pour produire un manifeste du théâtre sénégalais. Mac Fest’art comme l’appelait les intimes, tourne dans beaucoup de production dont « Demain la fin du monde », « Le choix de Madior » de Ibrahima Sall, « La Bataille de Guillé » à la Rts « Fann Océan » une coproduction Rts et Rtbf, etc. Comédien sollicité aussi dans d'autres structures et compagnies, il joue dans les deux plus grandes productions de la dernière décennie crées par le Théâtre National Daniel Sorano : « Le spectacle son et lumière», jouésur l'île de Gorée et Guy Jully, une pièce de Cheikh Aliou Ndaw qui retrace la grande bataille du Saloum. Il incarne aussi le personnage central Créon de Ngoye une Antigone d'Afrique adaptation de Antigone de Sophocle dans une tournée au Théâtre Saint Gervais de Genève, à Yverdon en Suisse, à Annecy en France en 2003. Ce spectacle a continué son périple en automne 2004 sur demande générale au théâtre St Gervais et au festival de Limoges. Il crée aussi le personnage de Horacio dans Hamlet avec la Boyokani Compagnie qui a fait le tour de l'Afrique dans une distribution internationale regroupant le Sénégal, le Mali, la Côte d'Ivoire, le Congo Brazzaville. Repose en paix Mac !

Najib SAGNA



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